René Guénon est-il victime du paradoxe de l’inclassable, du génie méconnu ? Devenu — pour « ceux qui savent » — une référence incontournable en matière d’ésotérisme et de spiritualité, il reste ignoré de l’intelligentsia officielle comme du grand public. Alors que son influence, discrète, se fait sentir chez les intellectuels de toute confession (en particulier musulmans), sa mémoire demeure confinée à des cercles restreints. Elle est aussi parfois récupérée par des extrémistes de droite.
Mais qui était Guénon ? Un illuminé réactionnaire et syncrétiste ou bien une boussole spirituelle dans le labyrinthe de la modernité ? Mérite-t-il de sortir de son « ghetto » ?
Né en 1886 dans la bourgeoisie catholique de province, Guénon abandonne ses études de mathématiques en 1906 pour s’adonner à la quête spirituelle. Il fait la connaissance de Papus, puis celle de Fabre des Essarts, dit Synésius, le « patriarche de l’Église gnostique » qui lui permettra de fonder une revue, La Gnose, où Guénon fait connaître ses idées que l’on retrouvera dans deux livres : L’homme et son devenir selon le Vedânta et Le Symbolisme de la Croix. Hors des étroits sentiers du catholicisme d’alors, il écume chapelles occultistes et loges maçonniques du Paris de 1900. Jusqu’à ce que de mystérieux informateurs orientaux — probablement hindouistes — lui fasse rencontrer l’« orthodoxie traditionnelle ». Guénon lui consacrera sa vie et son œuvre.
