Le temps du désert
Par LuNa le samedi 20 février 2010, 08:33 - Temps liturgique - Lien permanent
Nous avons déjà eu l'occasion d'écouter ce récit de la tentation du Christ et d'en éclairer quelques aspects, particulièrement la dernière phrase : « Ayant ainsi épuisé toutes les formes de tentation... ». Le pouvoir sous ses trois formes symboliques — sur les choses (la pierre) pour sa propre survie ; sur les hommes (royaumes) pour sa gloire ; sur Dieu lui-même — résume toute tentation.
Cette traversée du désert est aussi pour Jésus la troisième étape de sa « naissance » avant qu'il ne prenne la parole, qu'il ne devienne aux yeux des hommes « la Parole »
Noël : Jésus naît. Il est de chair et d'os mais enfant — « infans », c'est à dire qui ne parle pas —, il reste muet.
Baptême : Jésus naît de nouveau, lorsque Dieu, son père, lui donne son nom : « C'est toi, mon Fils ». La parole de Dieu — l'Esprit — est sur lui, mais Jésus continue de se taire.
Au désert, quarante jours de silence pour Jésus avant qu'il n'ouvre la bouche pour annoncer « la Parole ».
Lente naissance pour le Fils de l'Homme, Fils de Dieu, avant que ne débute son ministère. Long approfondissement spirituel, guidé par l'Esprit Saint qui se termine au désert, là où Dieu mène ceux à qui il veut parler « cœur à cœur » (Osée 2, 16-17).
Le premier combat que livre le Christ est à l'image de tous ceux qui auront détourné la parole divine à leur profit : les scribes, les pharisiens... En ce début de Carême, on ne peut manquer de rapprocher la troisième tentation — au Temple de Jérusalem — de la crucifixion, des quolibets des soldats — « qu'il se sauve lui-même » —, de l'obéissance du Christ à la Parole du Père — « Que ta volonté soit faite ».
Le Fils de Dieu a pris le temps de se laisser habiter par l'Esprit, par la Parole, de se laisser « conduire à travers le désert ».
Les êtres pressés que nous sommes risquent à tout moment de prendre leurs propres mots pour « paroles du Seigneur ». Faute de temps consacré à la prière, là où la main de Dieu se dépose doucement sur la nôtre pour nous conduire là où il nous faudra en son nom prendre la Parole.
Apprends-nous, Seigneur,
le temps du silence,
le temps du désert.
Rends-nous accueillants
à ton Esprit,
qui fera naître en nous
ta Parole.