Jésus le défiguré, Jésus le transfiguré
Par NeOrbe le lundi 1 mars 2010, 22:34 - Temps liturgique - Lien permanent
Que s'est-il donc passé ce jour-là sur la montagne ? Comment comprendre cet événement que l'on appelle « transfiguration », qui fit apparaître aux disciples accablés de sommeil, un Jésus au visage tout autre, au vêtement d'une blancheur éclatante, entouré de deux hommes. Et pas n'importe lesquels, puisqu'il s'agit de Moïse et Élie, représentant la Loi et les prophètes ? Quel est donc cet événement que Pierre aurait voulu prolonger indéfiniment en proposant de dresser trois tentes ?
Il faut savoir qu'à ce moment, d'après saint Luc, nous sommes à un tournant de la vie de Jésus, comme dans l'itinéraire des disciples. La prédication en Galilée est arrivée à son terme. Incompris des foules qui ne reconnaissent pas en lui le Messie qu'elles espéraient, en butte à l'hostilité croissante des autorités de son peuple, Jésus se rend bien compte qu'il dérange trop de monde. Lucidement, il accepte le risque d'une mort violente comme faisant partie de sa fidélité à sa mission.
Sans illusion sur le sort qui l'attend, il s'apprête à monter vers Jérusalem. Il veut y monter avec ses disciples. Il les invite à le suivre jusqu'au bout.
C'est à ce moment que Luc situe la transfiguration.
« Pendant qu'il priait — nous dit-il — son visage apparut tout autre. »
C'est toujours au moment de la prière de Jésus que des choses importantes se passent. Révélation nouvelle ou nouvelle orientation de sa mission.
C'est alors qu'il priait le jour de son baptême que le ciel s'est ouvert, que l'Esprit Saint est descendu sur lui et qu'une voix venant du ciel a dit : « Tu es mon fils bien-aimé. En toi, j'ai mis toute ma complaisance. »
C'est après s'être retiré dans la montagne pour prier, que Jésus a fait le choix des douze.
C'est encore lorsqu'il priait à l'écart, que Jésus posa à ses disciples la question qui devait provoquer la confession de foi de Pierre.
Et voici que maintenant, pendant qu'il prie sur la montagne, son visage s'irradie d'une lumière qui manifeste l'intimité de son union à Dieu.
Les disciples deviennent les spectateurs de ce qui habite la prière de Jésus : un dialogue d'amour avec son Père, une joie immense, une paix profonde, le rayonnement même de la présence de Dieu en lui.
« Seigneur, dressons ici trois tentes. »
Mais l'instant ne pouvait durer trop longtemps. Les disciples n'étaient pas encore au ciel !
Auparavant, il faut monter à Jérusalem, révéler de quel amour l'homme de la vraie prière peut aimer ses frère. Il faut descendre dans la plaine, remonter cette autre montagne, le mont des Oliviers et le Golgotha.
Le parallélisme est d'ailleurs frappant entre la transfiguration d'une part et la défiguration de Jésus durant son agonie. Dans les deux cas, Jésus est en prière, de nuit, entouré de ses disciples les plus proches mais ceux-ci ne résistent pas à l'assoupissement. Fatigue, suggère le récit de la Transfiguration, tristesse, précise Luc à propos de l'agonie.
Vision et voix céleste d'une part, vision de l'ange et sueur de sang dans la pénombre de Gethsémani.
Jésus est proclamé Fils de Dieu à la Transfiguration. Il s'en remet filialement à la volonté du Père durant son agonie.
Il faut oser contempler tout le mystère de la personne de Jésus. Jésus le transfiguré, Jésus le défiguré. Il faut apprendre à lire l'Évangile en ne séparant plus ces deux couples de réalités étroitement liées : divinité et humanité, humiliation et gloire.
Si la divinité de Jésus a été perçue en ce moment révélateur qu'était sa prière, où son dialogue avec Dieu son Père lui transfigurait le visage, la même divinité fut aussi reconnue lorsqu'il fut élevé sur la croix, ayant poussé là sa fidélité à l'amour du Père et des hommes, et que le centurion proclama : « Vraiment, cet homme était le fils de Dieu. » Transfiguré, défiguré, c'est le même fils bien-aimé du Père.
Et tous ceux que le baptême a établis enfants de Dieu et qui sont appelés à vivre l'esprit de l'Évangile en leur vie quotidienne, son aussi appelés à se laisser transfigurer par cette foi que Dieu les aime d'un amour sans limite et qu'Il les appelle au bonheur.
Si nous mettons nos pas dans ceux du Christ, comme lui sans doute nous faudra-t-il plus souvent recourir à cette expérience transfigurante, à cette communion avec Dieu dans la prière.
Il y a des moments où nos pas dérapent, où nos mains nues lâchent prise sur la muraille. La prière est le piton planté dans le roc.
Il y a des moments où notre bateau s'affole dans les remous, où nos filins cassent dans la tempête. La prière est l'amarre fixée dans le roc.
Il y a des moments où l'esprit s'égare, où le sens de l'orientation divague sous les magnétismes. La prière est la boussole, elle permet de reprendre le cap.
Prier c'est s'accrocher à Dieu, s'encorder avec Lui.