A l'écoute des cris de l'homme
Par LuNa le dimanche 7 mars 2010, 11:32 - Temps liturgique - Lien permanent

Il ne se passe pas de jour sans que nos journaux, la radio ou la télévision ne nous apportent leurs faits divers catastrophiques, leur lot de souffrances, de violences ou de morts souvent injustes et cruelles. La tristesse ou la crainte que suscitent en nous de telles actualités nous amènent parfois à chercher un coupable, un responsable, un bouc émissaire.
Seigneur, qui a péché pour qu'il soit né ainsi, lui ou ses parents ? Seigneur, qui a péché pour avoir subi de tellement grandes souffrances ? Il n'est pas rare d'entendre aujourd'hui : « Qu'est-ce que j'ai fait au Bon Dieu ? » ou « C'est le Bon Dieu qui l'a puni ! ».
La plupart des chrétiens, fort de cet évangile entre autres, ont depuis longtemps séparé le péché du mal et de la souffrance. Cela ne nous empêche pas de poser le problème d'une souffrance injuste qui accable l'innocent comme le malfaiteur. Parfois, nous crions à l'injustice de Dieu. Puisque la mort, la souffrance ou le mal ne sont pas mérités par nos péchés, pourquoi existent-t-ils, pourquoi Dieu les tolère-t-il ?
Il n'y a pas de bonne réponse à ce genre de question. Surtout pas celle qui prétend que Dieu envoie la souffrance à ceux qu'il aime davantage. Ce genre de théorie frise le blasphème. Dieu ne veut pas la souffrance, pas plus qu'Il n'a voulu la souffrance de son Fils.
Pas de bonne réponse, mais si le chrétien ne sait bien répondre au pourquoi de la souffrance, il doit en tout cas, plus que quiconque, prendre la souffrance au sérieux car toute souffrance est souffrance de Dieu. C'est dans la souffrance et l'exploitation de son peuple que Moïse a compris et entendu l'appel de son Dieu. C'est dans la souffrance de se voir trompé par une épouse infidèle que le prophète Osée a compris l'histoire du peuple élu et la fidélité de son Dieu.
Dans son livre « Jésus avant le Christianisme », Nolan prétend que c'est dans sa compassion pour les foules sans pasteur, pour les malades et les infirmes exclus des portes de Jérusalem, pour les pécheurs injustement condamnés, que Jésus a perçu sa vocation. Qu'il a perçu sa mission et l'appel de Dieu son Père a faire jaillir la vie là où elle était niées.
Nous pourrions ajouter que de grands saints de l'Église et de tous les temps sont devenus des hommes et des femmes de Dieu parce que la souffrance de leurs frères était synonyme d'appel de Dieu.
Il y a aussi les appels de Jean-Paul II suppliant l'Église de se placer résolument du côté des pauvres, des exploités. C'est là qu'elle trouvera l'Évangile, c'est là qu'elle trouvera Dieu.
Toutes les souffrances humaines sont autant d'appels de Dieu à la solidarité, à la lutte pour la justice et à la conversion. Nous convertir, c'est nous rendre proche de ceux qui souffrent. Nous convertir, c'est nous dépouiller de nos ambitions, de nos intérêts pour répondre aux appels d'un monde qui a faim d'absolu et qui a besoin d'amour. Nous convertir, c'est changer notre regard pour que Dieu soit reconnu en tout homme.
C'est dans la souffrance et l'exploitation de son peuple que Moïse a compris et entendu l'appel de Dieu. Ce Dieu qui lui répond : « Je suis celui qui suis » Je suis le Vivant, Je suis celui qui sauve, Je suis la victoire de la Vie, le triomphe de l'Amour.
Nous aussi, nous découvrirons Dieu dans le recueillement ou la méditation de l'histoire humaine. Et percevant dans ce recueillement les vrais besoins de l'homme, nous découvrirons dans notre engagement à servir nos frères, l'identité d'un Dieu qui veut la vie, d'un Dieu qui sauve et qui guérit.
Le carême est temps de l'écoute des cris de l'homme.
[Lectures du jour] / [Photo - CC]