Le bon samaritain ! Un évangile trop connu dont nous ne tirons souvent comme commentaire qu'un encouragement aux bonnes œuvres. Or tout évangile, quel qu'il soit, est d'abord la description de l'agir même de Dieu à notre égard. Reprenons-le donc sous un autre regard, celui qu'avaient autrefois certains Pères de l'Église aux premiers siècles de notre ère.

Un homme descend de Jérusalem vers Jéricho.

Il quitte la ville Sainte, la ville vers laquelle au contraire monte Jésus. Il quitte Jérusalem vers laquelle monte le peuple juif pour se rendre au temple lorsqu'il cherche la sanctification. Notre homme fait le contraire et tombe ainsi entre les mains des puissances mauvaises. S'éloignant de Dieu, il ne pouvait que mourir.

Passent un prêtre et un lévite.

Deux personnages, symbolisant le culte de l'Ancienne Alliance, passent à côté de l'homme sans s'arrêter et expriment ainsi l'inefficacité du Temple, du culte et des rites pour sauver l'homme.

Passe un Samaritain.

Un hors-la-loi, un exclu du peuple élu. Pour décrire la compassion de ce Samaritain, Luc utilise le même style, le même langage, les mêmes mots, que pour exprimer la compassion de Jésus à l'égard des pécheurs, des infirmes et des malades.

Ne nous y trompons pas.

Ce Samaritain, c'est Jésus lui-même. L'hôtellerie à qui il confie notre homme, c'est l'Église. Cette Église à qui le Christ a confié la tâche de poursuivre son œuvre. Ce n'est donc plus la Loi qui sauve l'homme, c'est Jésus. C'est lui le seul sauveur de ceux qui s'éloignent qui tombent et qu'on dépouille. Seule la miséricorde de Dieu nous sauve.

Comme les prophètes l'ont rappelé, la loi de Dieu est dans le cœur de l'homme, ni hors d'atteinte, ni au-dessus de ses forces. Ne faisons donc pas de cet évangile une loi surhumaine, un idéal impossible à atteindre. Contemplons l'agir de Dieu à notre égard, osons croire à la puissance du Christ dans notre cœur. Lui seul peut nous relever. Osons croire à la puissance du Christ dans l'Eucharistie, ce pain de vie pour nous rendre des forces.

S'il y a des gens blessés, souffrants, à côté desquels nous passons, indifférents, c'est peut-être parce que nous ne prenons plus suffisamment le temps de regarder Dieu dans l'Évangile et que nous ne croyons pas assez que c'est à nous aujourd'hui qu'il confie une humanité en quête d'absolu. « Va et toi aussi, fais de même. »

Ajoutons que c'est à l'attention d'un docteur de la Loi que Jésus a raconté cette parabole. Il s'adresse à un notable dont la charge est de dire aux autres quels sont les devoirs de la religion. « Qui est mon prochain ? Jusqu'où oblige la Loi ? », demande un docteur de la Loi. Jésus lui répond par une autre question. « Toi, comme ce Samaritain, jusqu'où l'amour te poussera-t-il à te faire proche des hommes ? »

Détournement de la question ! Détournement de la religion ! La règle d'or de la morale ne réside pas dans un cadre défini, dans le respect de commandements. Elle trouve son modèle dans un Samaritain qui a du cœur et se refuse à fixer les bornes de l'amour.

Pourquoi, aujourd'hui encore, la religion fait-elle obstacle à la charité ? Pourquoi cette méprise tragique de la part de beaucoup ? Une méprise tragique qui atteint finalement Dieu lui-même. On honore Dieu dans le Temple et on le méconnaît au bord du chemin. On reconnaît la présence du Christ dans le tabernacle mais on méprise sa présence dans celui qui croise notre chemin.

« Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho. » Bientôt Jésus va monter en sens inverse. Il sera, lui, l'homme rejeté, bafoué, couvert de sang et tous se détournerons de lui. Mais la foi du centurion découvrira en cet homme sur la croix, le visage de Dieu. La foi des apôtres le découvrira ensuite.

« Va et toi aussi fais de même. » Notre foi découvrira-t-elle que Dieu, s'est fait le prochain de l'homme en Jésus-Christ ?

[Quinzième dimanche ordinaire - C]