Aucun passage dans l’Évangile n’offre si peu de matière à l’admiration que la naissance de Jésus. De son berceau, il n’accomplit pas de gestes prodigieux, ne profère pas de paroles inoubliables, ne s’expose même pas dans la patience qui sera la sienne devant Pilate ou sur la croix. Il ne fait que naître.

Pour plaire au bergers, Luc fait chanter des anges dans les cieux, Matthieu fourbit une grosse étoile qui guidera les mages. Mais ce n’est pas à cause de ces embellissements nocturnes, que, depuis deux mille ans, nous célébrons Noël. Laissons-nous conduire à l’intérieur de l’étable, que ces lampions n’éclairent pas, où parvient à peine la rumeur de la fête.
Longtemps après, de pieux auteurs, chagrinés que la salle où naît le Christ soit si dégarnie, introduiront pour la meubler, un bœuf et un âne. Admettons de surcroît quelques araignées dans les coins, en guise de bibelots. Nos efforts ne changent rien au fait : c’est pauvre. L’enfant est pareil à n’importe quel enfant. Ni plus grand, ni plus beau, ni plus fort. On ne voit pas en lui le Christ, comme chez les peintre flamands, avec des yeux pensifs, qui promettent. Les évangélistes évitent même de parler de « Jésus » (c’est pourtant ainsi qu’il s’appelle) dans le lieu et le moment de sa naissance, alors qu’avant ils répétaient ce nom à plaisir et qu’ensuite, ils s’en serviront tout naturellement. Ils le désignent provisoirement par un terme général, qui s’applique à tous les nourrissons, tant en effet, ils leur ressemble. Ils disent : « le petit enfant ».
Nous sommes loin des grands titres lancés le jour de l’annonciation : « Sauveur, Fils de David, fils du Très-Haut »… L’ange Gabriel qui est pourtant dans les parages, puisqu’il est venu avertir les pasteurs, ne daigne pas aller vérifier sur place ma justesse de sa prophétie, comme si la paille le rebutait…
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