Fraternité cosmique

Il fut un temps où les anges ne m’intéressaient pas et où je voyais tout au plus dans leur mention une manière désuète et gracieuse de parler de l’invisible. Je n’avais rien contre eux, mais je ne croyais pas à leur existence. Peut-être réagissais-je aussi à une concurrence déloyale qu’une certaine hagiographie leur faisait faire à l’humanité. Délestés de tout poids charnel, on les offrait en exemple. Mais qu’avaient-ils de commun avec notre substance ?

Je renvoyais ces créatures diaphanes à leur évanescences et, plutôt que de me lier à des courants d’air emplumés, préférais la compagnie terreuse de mes semblables.

J’ai commencé à changer d’avis devant une difficulté croissante, qui engendrait progressivement une évidence : comment tout le mal et le bien qui se font dans la création peuvent-ils être attribués uniquement à notre race ?

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Un peu d’eau…

Cette parole d’un prêtre m’accompagne vers l’Office, ce matin : « Fraternellement unis dans dans un même chantier d’Église à naître… » Alors sur mon petit chantier à moi, silencieux et obscur, qui est de partout et de nulle part, j’ai retrouvé l’entrain des beaux jours. Je ne peux manier ni la pelle ni la pioche, et je ne sais pas faire de plan, mais je puis au moins apporter un peu d’eau et désaltérer ceux qui travaillent plus que moi.

The Lord is my Shepherd

Tony Hardie-Bick (instruments) & Gideon Wagner (voix). « The Lord is my Shepherd » (Psaume 23). The Spirit.

« The Spirit » est une méditation musicale sur des textes anciens. Les mélodies ont été créées en utilisant une instrumentation « naturelle » comprenant : voix, filtres analogiques, violon et flûte. La langue dans laquelle les textes sont chantés est la même que celle dans laquelle ils furent rédigés il y a deux ou trois mille ans, bien que la prononciation exacte des mots d’origine reste mystérieuse et ait varié au cours de l’histoire.

Le Seigneur est mon berger : je ne manque de rien. Sur des prés d’herbe fraîche, il me fait reposer. Il me mène vers les eaux tranquilles et me fait revivre ; il me conduit par le juste chemin pour l’honneur de son nom. Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi : ton bâton me guide et me rassure. Tu prépares la table pour moi devant mes ennemis ; tu répands le parfum sur ma tête, ma coupe est débordante. Grâce et bonheur m’accompagnent tous les jours de ma vie ; j’habiterai la maison du Seigneur pour la durée de mes jours.

Psaume 22(23)

Crédit photoCreative Common

Nos plus vieux mots

La « Nuit des temps » sait ce qu’elle dit : le passé, dans ses profondeurs, nous est inaccessible. Que savons-nous des premières tribus qui arrivèrent en Europe et s’y répandirent ? Peuples primitifs, plus étrangers que tous les étrangers ; le temps sépare plus que l’espace, qui n’est pas invincible : nous pouvons rejoindre d’un coup d’avion les aborigènes d’Australie et, de surcroît, vérifier que la civilisation met des montres au poignet des sauvages. Mais les millénaire dressent une infranchissable muraille entre nous et ces gens des commencements de l’histoire, peu initiés à l’écriture, et qui n’ont laissé que de faibles traces d’eux-mêmes. Que pensaient-ils ? Que se disaient-ils ? Les pierres qu’ils amoncelèrent, les fragments d’outils que nous regardons dans les musées ne dissipent pas beaucoup leur énigme.

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L’aveu

Il y a toujours eu une pudeur à parler des choses profondes. Sentiments où se mêlent la crainte et l’amour de ce qui, au-delà de nos vies, dans le tréfonds de l’être, nous fait vivre. On a peur de froisser un secret, de ternir une fraîcheur, de porter atteinte à une intégrité. Une certaine qualité d’âme s’évapore lorsqu’on y touche. Une densité du cœur se dilue lorsqu’on l’expose à tout venant. L’homme a besoin d’échapper à autrui et de s’échapper à lui-même pour exister vraiment. Il lui faut en son centre une réserve d’inconnu, d’inexploré, pour ne pas courir le risque d’être vidé de soi. Tel un puits, il a la hantise de tarir.

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Icône de la Sainte Trinité d’André Roublev

Icône de la Trinité de Roublev
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Un moine russe du XVIe siècle, pénétré de la beauté du vrai et de sa force salutaire, a peint, dans la contemplation et la ferveur cette icône de la Sainte Trinité, qui rayonne au-dessus de toutes les tristesses humaines. Dans cette image inoubliable de Roublev, la divinité apparaît encore sous le voile majestueux de la forme angélique, et cependant, au regard intérieur, tout le mystère est ici déjà manifesté.

Trois personnes se présentent à nous ; la sympathie, visiblement, les unit, une mutuelle compréhension règne sur leur sublime entretien. En harmonie avec elles, le chatoiement des surfaces, des formes et des couleurs est comme un reflet de la lumière inacessible elle-même qui, réfractée par la matière, semble transfigurer notre domaine ici-bas : des fils d’or d’une splendeur céleste flambent dans le rouge de l’amour, s’enfoncent dans les vivantes profondeurs de l’azur, ondulent dans le vert de la nature, du renouveau et de l’espérance. Tous les éléments se répondent dans un équilibre parfait. Chaque mouvement, ébauché dans la douceur, s’accomplit, infiniment calme, dans le repos bienheureux de l’Unité ; le mouvement parfait de la Divinité se déploie en une triple paix.

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