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Au cœur de la foi : la confiance

Commentaire pour le premier dimanche de Carême, année A

Gn 2, 7-9 ; 3, 1-7a – Rm 5, 12-19 – Mt 4, 1-11

Pour quel type de carburant est conçu votre moteur spirituel ? Le mien fonctionne au diesel. Il aime les démarrages en douceur, les lentes montées en régime… Il n’est pas très nerveux mais je lui concède une bonne endurance et une excellente autonomie. Autant dire que les lectures de ce début de Carême ne respectent pas ce rythme. La liturgie n’attend pas pour appuyer sur l’accélérateur et faire rugir les cylindres en proposant, dès ce premier dimanche de Carême, trois textes fondamentaux.

Commençons si vous le voulez bien par les tentations de Jésus. Celles-ci apparaissent clairement comme une relecture des événements de l’Exode. Car il existe beaucoup de points communs entre les « quarante ans » du peuple hébreu au désert, avant d’entrer en Terre promise, et les « quarante jours » de Jésus au désert, avant d’entamer sa vie publique. Le peuple a d’abord exigé du pain lorsqu’il se méfiait de ce Dieu qui se disait son Père. Il a ensuite exigé des signes lorsqu’il a perdu confiance en ce Dieu dont les voies sont si mystérieuses. Enfin, un jour, il Lui a simplement tourné le dos pour se fabriquer des idoles : immédiatement accessibles aux sens, rassurantes, confortables.

C’est une expérience de cet ordre que vit Jésus lors de sa retraite au désert. Le verbe grec « peirazein », utilisé dans l’Évangile comme dans la Septante, renforce cette proximité. Communément rendu par « tenter », on le traduira plus heureusement par « mettre à l’épreuve ». Lorsque nous parlons de tentation nous évoquons souvent quelque chose qui nous pousse à faire le mal. La « mise à l’épreuve » exprime plutôt une difficulté, une tribulation, qui teste la vérité et la solidité d’un engagement ou d’un service.

Jésus est donc mis à l’épreuve par le diable :

  1. Tu as faim ? Exige que Dieu te donne du pain : tu verras bien s’il te répondra !
  2. Jette-toi du sommet du temple : on verra bien s’il est avec toi !
  3. Et puis non ! Détourne-toi de lui ! Suis le chemin de la puissance ! Sois seul maître de ton destin !

Voilà pour le texte, mais en quoi nous concerne-t-il alors que nous atteignons le premier jalon de notre chemin vers Pâques ? Il me semble que ce que le diable cherche à atteindre c’est ce qui, avant toute détermination, constitue le cœur vivant de notre foi : la confiance. C’est cette confiance qui est ébranlée dans les difficultés de la vie, dans la souffrance et la solitude. Alors, à notre tour, comme le peuple hébreu, nous mettons Dieu au défi, nous le sommons de nous répondre, nous lui tournons le dos pour chercher le réconfort illusoire des idoles de notre temps, de tous les temps.

Ce que Jésus voudrait nous inculquer, c’est cette confiance fondamentale qui a animé tout son ministère et qui est dans le même temps confiance en nous-même, en la vie, en les autres et en Dieu. Car la foi n’est sans doute rien d’autre que cette forme suprême de la confiance : une certitude obscure qui compense l’obscurité par un acte de volonté, ou plutôt un acte d’amour.

C’est ici que nous rejoignons la première lecture : le récit « délicieusement » misogyne du péché originel. Quel est l’enjeu de cette interdiction de manger du fruit « de l’arbre qui se trouve au milieu du jardin » ? Dieu est-il un tyran sadique jouant avec ses créatures ? En quoi a consisté la faute de nos premiers aïeux ? Sont-ils coupables d’avoir voulu être comme Dieu, d’avoir refusé leur condition de créatures ? En termes moraux : sont-ils coupables de désobéissance, d’orgueil ?

Je ne lis rien de tel dans le livre de la Genèse. Dieu n’est pas jaloux de l’homme à qui il a confié la terre ! Il acte, par contre, le refus de faire confiance, le refus de tout recevoir, le refus d’aimer, finalement, qu’expriment Adam et Ève par leur transgression.

C’est également de ce péché originel dont parle Paul dans la seconde lecture. Ne l’envisageons pas comme la source d’une sorte de tare transmise de générations en générations par la faute d’un gaffeur pathétique et dont un Dieu injuste nous rendrait responsables, mais comme le récit de notre condition à tous : notre perpétuel refus d’aimer, de faire confiance. Une histoire au reste que l’Apôtre des gentils nous révèle pour nous proclamer aussitôt que nous sommes sauvés. La Bible ne nous apprend notre péché qu’au moment où elle nous dit que nous en sommes pardonnés.


Crédit photoCreative Common

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