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Être enfin un enfant

Rappelle-toi, cher Daniel, ce soir là nous évoquions un ami commun parti trop tôt, trop vite et comme un silence nostalgique semblait vouloir accompagner le crépuscule tu m’as demandé autant par provocation que par curiosité : « Et toi, le chrétien, s’il ne te restait plus qu’un jour à vivre que ferais-tu ? »

N’étant pas devin, encore moins prophète, difficile de répondre à cette question. « S’il ne me restait qu’un jour à vivre… » Cela ressemble à ces phrases de fin de vie prêtées aux « grands hommes » au moment de l’instant du dernier balbutiement. La vie n’étant que hoquets balbutiés ! Mais supposons – quelle arrogance – que je sache mon dernier jour arrivé : Je ferais le ménage intérieur, l’ultime mise en ordre avec le Seigneur… De ne pas avoir fait ce que j’aurais dû faire et d’avoir fait ce que je n’aurais pas dû faire… D’avoir abusé de sa miséricorde ! D’avoir été malentendant et souvent sourd à sa voix, à ses appels pour sortir de mes auges, me délivrer du barbelé de mon orgueil et de mon égoïsme, le « moi » coagulé à sa vérité, ces méandres justificatifs de tous mes reniements à l’amour, son amour, car une demande, une seule demande nous sera faite au dernier moment : « M’as-tu aimé… As-tu aimé tes frères ? »

Et déposant mes armes d’hommes, je m’efforcerais d’être enfin un enfant et partir avec le pardon des miens de ne pas avoir été celui qu’ils espéraient ! Le reste ? A la grâce de Dieu.

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