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L’aveu

Il y a toujours eu une pudeur à parler des choses profondes. Sentiments où se mêlent la crainte et l’amour de ce qui, au-delà de nos vies, dans le tréfonds de l’être, nous fait vivre. On a peur de froisser un secret, de ternir une fraîcheur, de porter atteinte à une intégrité. Une certaine qualité d’âme s’évapore lorsqu’on y touche. Une densité du cœur se dilue lorsqu’on l’expose à tout venant. L’homme a besoin d’échapper à autrui et de s’échapper à lui-même pour exister vraiment. Il lui faut en son centre une réserve d’inconnu, d’inexploré, pour ne pas courir le risque d’être vidé de soi. Tel un puits, il a la hantise de tarir.

On se féliciterait de cette prudence si elle ne devenait aujourd’hui absence, mutisme, clôture, comme si la discrétion se durcissait en un refus et enfermait les sources dans un ghetto. Un refoulement de l’Esprit se produit auprès duquel le refoulement freudien n’est rien, sauf une caricature grossière, comme la pudibonderie est l’image avilie de la pudeur. On n’ose plus délier entre compagnon choisis, tâtonner ensemble dans l’obscurité intime, s’ouvrir à une confidence qui, loin d’éteindre le feu caché, l’attise avec humilité. En couronnement des relations usuelle, on n’établit plus de relations ultimes : celles qui touchent au point où se noue le combat de la vie et de la mort et où se fonde la décision de salut.

On a des conversations religieuses. Il arrive même qu’on parle avec érudition de sujets mystiques. Mais l’intelligence abstraite est seule engagée, pas l’intelligence opérative. Une double lâcheté se déploie, une esquive réciproque. On appréhende de s’offrir à l’aveu d’autrui parce qu’on pressent que son inquiétude réveillera la nôtre et nous empêchera de dormir. Il est des égards qui protègent le mystère. Il en est d’autres qui l’étouffent. Un faux respect laisse périr d’inanition, alors que la vraie délicatesse pousse à intervenir. Il nous faut faire comme Jésus et, devant les Lazare que nous sommes tous, prononcer mutuellement, les uns pour les autres, la parole qui ressuscite.


Crédit photo : Friench (Friends on a Bench), galerie Flickr de Olga CaprottiCreative Common.

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