Il fut un temps où les anges ne m’intéressaient pas et où je voyais tout au plus dans leur mention une manière désuète et gracieuse de parler de l’invisible. Je n’avais rien contre eux, mais je ne croyais pas à leur existence. Peut-être réagissais-je aussi à une concurrence déloyale qu’une certaine hagiographie leur faisait faire à l’humanité. Délestés de tout poids charnel, on les offrait en exemple. Mais qu’avaient-ils de commun avec notre substance ?

Je renvoyais ces créatures diaphanes à leur évanescences et, plutôt que de me lier à des courants d’air emplumés, préférais la compagnie terreuse de mes semblables.

J’ai commencé à changer d’avis devant une difficulté croissante, qui engendrait progressivement une évidence : comment tout le mal et le bien qui se font dans la création peuvent-ils être attribués uniquement à notre race ?

Il est banal de dire que la grande fracture provient de la liberté humaine et que le désordre qui ruine l’œuvre d’amour a pour origine le péché d’Adam. Juste reconnaissance de notre responsabilité, mais excessif monopole de la faute.

Car peut-on inculper l’homme pour les ravages que provoquent les catastrophes naturelles : séismes, sècheresses, épidémies ? Souvent complices de ces phénomènes par son imprévoyance, il n’est pour rien dans leur naissance.

L’infini champ des déterminismes de tous ordres, physiques et spirituels, offre un prétexte identique à nous innocenter de maux que nous encourageons ou combattons, mais dont les auteurs véritables pourraient bien être des puissances maléfiques qui faussent l’harmonie du monde.

Dans le registre inverse de l’amour, que dire des grâces secrètes et des faveurs inouïes qui n’ont pour origine aucune action humaine, dût celle-ci les relayer et s’en faire consciemment la dispensatrice ?

Pour la fidélité aussi, l’homme n’est pas seul à exercer sa liberté. des concours extraordinaires le soutiennent. Un pullulement d’amitié, un foisonnement de bienveillance le fortifient contre l’assaut des ténèbres.

Par quel décret déciderions-nous qu’il n’y a de créatures que visibles et charnelles ? D’autres modes d’existence ne sont-ils pas concevables et ne rendent-ils pas compte d’interventions qui, autrement, demeurent inexpliquées ?

Il faut prendre garde à cette étroitesse de cœur et de pensée qui tend à réduire la communauté des créatures à l’humanité et à ce qui lui ressemble. Quand il s’agit de la paternité divine, on se trompe moins à voir grand que petit.

De l’atome à l’étoile et de l’amibe au séraphin, le pouvoir créateur développe une fraternité cosmique qui n’a de limites que celles de l’amour, lequel n’en a pas.


Crédit photoCreative Common

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