On paie toujours l’accaparement des certitudes. Elles sont faites pour être libres. On ne les détient pas comme un objet. Elles se reçoivent comme une grâce. Celui qui croit en disposer à son gré les durcit au point qu’elles périssent. Vient un jour où, loin de le soutenir, leur poids mort lui fait faire la culbute.

Il fut un temps où l’Église, dans ses pasteurs et ses fidèles, affichait une foi non seulement totale, mais vaniteusement sûre de soi et massivement dominatrice. Les chrétiens possédaient la vérité au lieu d’être possédés par elle. Ils avaient barre sur elle. L’Esprit-Saint ne pouvait leur échapper, car ils en étaient propriétaires.

Cette belle sécurité s’est lézardée, de grands effondrements se sont produits, et l’Église s’est retrouvée comme une pauvresse au milieu du champ de ruines de ses arrogances. Elle a cruellement vécu que la certitude ne lui appartenait pas et que la stabilité pouvait lui être retirée.

Salutaire dessaisissement, bienheureuse faillite qui libère de l’égoïsme du recéleur et rouvre l’âme à la disponibilité de l’enfant qui n’a rien et attend tout. Mais il ne faudrait pas en tirer une apologie de la défaite, comme une culture du désarroi, une délectation dans la banqueroute.

Il est bon d’être renversé lorsqu’on se dresse orgueilleusement. Il n’est pas bon de rester couché sur le sol et de se complaire dans la poussière des assurances déçues et des témérités bafouées. L’homme de foi est un homme debout, s’il ne tient que par Dieu.

A une pathologie de la certitude s’est substituée une pathologie du doute. On n’appréhende rien tant que d’y voir clair, de ne plus être en proie au soupçon, de cesser d’être un chrétien en recherche, en interrogation, en instance. Pour quand la rencontre, la réponse, le départ ?

Les deux attitudes procèdent d’un même attachement à la volonté propre. Faute de posséder la vérité, on souhaite au moins posséder son absence, rester maître du vide que sa disparition a laissé, gouverner sa carence en n’autorisant l’Esprit-Saint à y remédier qu’au compte-gouttes.

S’exerçant sur soi comme sur les autres, il existe pour l’incrédulité comme pour la foi un désir de puissance. Dans l’un et l’autre cas, il s’agit de ne pas abdiquer, alors que toute la révélation évangélique pousse à cette capitulation où l’homme rend l’âme sans condition.

Nous n’avons pas à nous cramponner à nos certitudes ou à nos incertitudes intimes. Nous avons à nous livrer à la lumière et à nous abandonner à l’amour. Cette « dédition » ne supprime pas les questions. Mais elle les place à l’intérieur de l’adhésion et non en préalable.

L’état normal du chrétien est la confiance rayonnante, l’assurance pascale. Pur don sans doute, qui n’est jamais un bien acquis. Mais don permanent, inlassable, dont seul le péché nous éloigne et qu’il nous revient, par-delà les défaites, d’accueillir.


Crédit photoCreative Common

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