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Auteur : LuNa (page 1 sur 6)

Geisha au bord de la mer
© Florence Parmentier, 2020, « Geisha au bord de la mer »

On imagine le croyant comme ayant la vue claire, la certitude fixe, éblouissante, inébranlable ; alors que la foi est une certitude obscure qui compense l’obscurité par un acte de volonté, ou plutôt un acte d’amour.

Jean Guiton, « Sagesse »

La faim du sens

A l’encontre de ce qu’on dit parfois, l’Église a manqué rarement de charité. Au XIXe siècle en particulier, son embourgeoisement ne l’a pas empêchée d’être sensible à la misère et d’y porter remède autrement qu’en vœux pieux.

Chaque chrétien, bien sûr, a été à un moment ou à un autre coupable de lâcheté, détournant le regard de son prochain en difficulté. Mais les mystérieuses compensations de la grâce ont fait que l’incurie des uns était souvent rachetée par la sollicitude des autres …

Plutôt que de charité, l’Église a manqué d’intelligence, de réflexion, de culture. Elle a renoncé à penser ce qu’elle vivait, aveuglement qui a conduit sa charité à entretenir le mal au lieu de le guérir.

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Au cœur de la foi : la confiance

Commentaire pour le premier dimanche de Carême, année A

Gn 2, 7-9 ; 3, 1-7a – Rm 5, 12-19 – Mt 4, 1-11

Pour quel type de carburant est conçu votre moteur spirituel ? Le mien fonctionne au diesel. Il aime les démarrages en douceur, les lentes montées en régime… Il n’est pas très nerveux mais je lui concède une bonne endurance et une excellente autonomie. Autant dire que les lectures de ce début de Carême ne respectent pas ce rythme. La liturgie n’attend pas pour appuyer sur l’accélérateur et faire rugir les cylindres en proposant, dès ce premier dimanche de Carême, trois textes fondamentaux.

Commençons si vous le voulez bien par les tentations de Jésus. Celles-ci apparaissent clairement comme une relecture des événements de l’Exode. Car il existe beaucoup de points communs entre les « quarante ans » du peuple hébreu au désert, avant d’entrer en Terre promise, et les « quarante jours » de Jésus au désert, avant d’entamer sa vie publique. Le peuple a d’abord exigé du pain lorsqu’il se méfiait de ce Dieu qui se disait son Père. Il a ensuite exigé des signes lorsqu’il a perdu confiance en ce Dieu dont les voies sont si mystérieuses. Enfin, un jour, il Lui a simplement tourné le dos pour se fabriquer des idoles : immédiatement accessibles aux sens, rassurantes, confortables.

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Florence Parmentier, 2020, Sakura
© Florence Parmentier, 2020, « Sakura ! »

Le paradoxe du Mal

L’existence du mal n’a cessé de hanter la chrétienté et on sait le parti que l’athéisme contemporain a su en tirer… Que me disent, en effet, de nombreux jeunes, sinon ce que Camus, après tant d’autres, criait dans la Peste ? Un enfant agonise dans les pires souffrances et le P. Paneloux, pris d’un vertige d’horreur, ne trouve rien à répondre à ceux qui le somment de rendre compte de ce scandale. Comment un Dieu dont on se plaît à célébrer l’infinie bonté peut-Il vouloir ou seulement tolérer cette horreur ? Ceux qui sont familiers de l’œuvre de Dostoïevski savent que c’est également l’argument, unique autant que décisif, d’Ivan, dans sa conversation avec le pur Aliocha. En bref, l’existence du Mal suffit à infirmer jusqu’à l’idée de Dieu. Se rappelle-t-on la réponse d’Aliocha ? Au lieu de discourir, d’argumenter, il se lève, blême d’épouvante, pour baiser la bouche de son aîné. Ce serait aussi la réponse que je voudrais faire au jeunes qui me sont confiés, si je ne craignais de les conforter dans le sentiment qu’il n’existe aucune réponse à cet argument-là et que, devant l’innocent sacrifié, le chrétien ne peut que se taire, accablé. Or, Aliocha garde le silence non par impuissance, mais par secrète terreur, conscient que ce domaine, celui du Bien et du Mal, plonge dans le plus insondable mystère, celui-là même qu’il fut ordonné au premier homme de ne jamais vouloir percer.

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Ceux qui prennent part à la fraction du pain savent ce qu’ils peuvent accomplir avec elle, et ce qui demeure, sans elle, au-dessus de leurs forces.

François Mauriac

Une beauté nourrie de vertu

« On ne fait pas de bonne littérature avec de bons sentiments »

Rien n’est plus faux que cet axiome de Gide. La littérature est remplie de chefs-d’œuvre qui exaltent les bons sentiments. Il suffit de rappeler Sophocle et Corneille, Dante et Dickens, Péguy et Soljenitsyne. Ce chantage à l’immoralisme a prodigieusement réussi. Un terrorisme s’est installé qui déniait toute valeur à un art soucieux d’éthique, à une beauté nourrie de vertu.

Les plus sots se sont piégés comme Gide lui-même en croyant faire de la bonne littérature avec de mauvais sentiments. Ils sont tombés dans le travers qu’ils dénonçaient chez les autres : l’édification à rebours après l’édification niaise.

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« Andante » ( 2nd mouvement) du Concerto italien en fa majeur BWV 971 de Jean-Sébastien Bach. par Nate Koch (piano)

Joyeux Noël !

Je me suis souvent demandé qui ils pouvaient bien être ces hommes de bonne volonté. Le langage courant n’est pas très amène avec eux : quand on dit d’un enfant qu’il est « plein de bonne volonté », c’est avec une nuance de commisération laissant entendre qu’il ne faut pas lui en demander plus.

Et si justement « les hommes de bonne volonté » étaient ceux-là mêmes qui, ouverts à l’amour de Dieu, se reconnaissent pauvres en moyens, attendant tout d’une force venue d’en haut ?

Et si « la bonne volonté » commençait de se manifester lorsque l’on abandonne tout pouvoir pour devenir des serviteurs de la paix ?

N’est-ce pas là le sens de la crèche de Noël ? Le lieu de l’alliance entre la plus extrême faiblesse — qui a-t-il de plus fragile qu’un nouveau-né surtout dans des conditions matérielles difficiles — et de la plus grande puissance qui soit : l’amour vivant de Dieu.

Si nous sommes « de bonne volonté », Dieu se servira de notre faiblesse pour faire de nous les plus efficaces des artisans de paix.

De tout cœur, je vous souhaite un joyeux Noël et une heureuse année 2020.

Le temps ne respecte pas ce qui se fait sans lui.

Paul Morand

La certitude et le doute

On paie toujours l’accaparement des certitudes. Elles sont faites pour être libres. On ne les détient pas comme un objet. Elles se reçoivent comme une grâce. Celui qui croit en disposer à son gré les durcit au point qu’elles périssent. Vient un jour où, loin de le soutenir, leur poids mort lui fait faire la culbute.

Il fut un temps où l’Église, dans ses pasteurs et ses fidèles, affichait une foi non seulement totale, mais vaniteusement sûre de soi et massivement dominatrice. Les chrétiens possédaient la vérité au lieu d’être possédés par elle. Ils avaient barre sur elle. L’Esprit-Saint ne pouvait leur échapper, car ils en étaient propriétaires.

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