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Catégorie : Billets (page 1 sur 3)

La faim du sens

A l’encontre de ce qu’on dit parfois, l’Église a manqué rarement de charité. Au XIXe siècle en particulier, son embourgeoisement ne l’a pas empêchée d’être sensible à la misère et d’y porter remède autrement qu’en vœux pieux.

Chaque chrétien, bien sûr, a été à un moment ou à un autre coupable de lâcheté, détournant le regard de son prochain en difficulté. Mais les mystérieuses compensations de la grâce ont fait que l’incurie des uns était souvent rachetée par la sollicitude des autres …

Plutôt que de charité, l’Église a manqué d’intelligence, de réflexion, de culture. Elle a renoncé à penser ce qu’elle vivait, aveuglement qui a conduit sa charité à entretenir le mal au lieu de le guérir.

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Au cœur de la foi : la confiance

Commentaire pour le premier dimanche de Carême, année A

Gn 2, 7-9 ; 3, 1-7a – Rm 5, 12-19 – Mt 4, 1-11

Pour quel type de carburant est conçu votre moteur spirituel ? Le mien fonctionne au diesel. Il aime les démarrages en douceur, les lentes montées en régime… Il n’est pas très nerveux mais je lui concède une bonne endurance et une excellente autonomie. Autant dire que les lectures de ce début de Carême ne respectent pas ce rythme. La liturgie n’attend pas pour appuyer sur l’accélérateur et faire rugir les cylindres en proposant, dès ce premier dimanche de Carême, trois textes fondamentaux.

Commençons si vous le voulez bien par les tentations de Jésus. Celles-ci apparaissent clairement comme une relecture des événements de l’Exode. Car il existe beaucoup de points communs entre les « quarante ans » du peuple hébreu au désert, avant d’entrer en Terre promise, et les « quarante jours » de Jésus au désert, avant d’entamer sa vie publique. Le peuple a d’abord exigé du pain lorsqu’il se méfiait de ce Dieu qui se disait son Père. Il a ensuite exigé des signes lorsqu’il a perdu confiance en ce Dieu dont les voies sont si mystérieuses. Enfin, un jour, il Lui a simplement tourné le dos pour se fabriquer des idoles : immédiatement accessibles aux sens, rassurantes, confortables.

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Le paradoxe du Mal

L’existence du mal n’a cessé de hanter la chrétienté et on sait le parti que l’athéisme contemporain a su en tirer… Que me disent, en effet, de nombreux jeunes, sinon ce que Camus, après tant d’autres, criait dans la Peste ? Un enfant agonise dans les pires souffrances et le P. Paneloux, pris d’un vertige d’horreur, ne trouve rien à répondre à ceux qui le somment de rendre compte de ce scandale. Comment un Dieu dont on se plaît à célébrer l’infinie bonté peut-Il vouloir ou seulement tolérer cette horreur ? Ceux qui sont familiers de l’œuvre de Dostoïevski savent que c’est également l’argument, unique autant que décisif, d’Ivan, dans sa conversation avec le pur Aliocha. En bref, l’existence du Mal suffit à infirmer jusqu’à l’idée de Dieu. Se rappelle-t-on la réponse d’Aliocha ? Au lieu de discourir, d’argumenter, il se lève, blême d’épouvante, pour baiser la bouche de son aîné. Ce serait aussi la réponse que je voudrais faire au jeunes qui me sont confiés, si je ne craignais de les conforter dans le sentiment qu’il n’existe aucune réponse à cet argument-là et que, devant l’innocent sacrifié, le chrétien ne peut que se taire, accablé. Or, Aliocha garde le silence non par impuissance, mais par secrète terreur, conscient que ce domaine, celui du Bien et du Mal, plonge dans le plus insondable mystère, celui-là même qu’il fut ordonné au premier homme de ne jamais vouloir percer.

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Une beauté nourrie de vertu

« On ne fait pas de bonne littérature avec de bons sentiments »

Rien n’est plus faux que cet axiome de Gide. La littérature est remplie de chefs-d’œuvre qui exaltent les bons sentiments. Il suffit de rappeler Sophocle et Corneille, Dante et Dickens, Péguy et Soljenitsyne. Ce chantage à l’immoralisme a prodigieusement réussi. Un terrorisme s’est installé qui déniait toute valeur à un art soucieux d’éthique, à une beauté nourrie de vertu.

Les plus sots se sont piégés comme Gide lui-même en croyant faire de la bonne littérature avec de mauvais sentiments. Ils sont tombés dans le travers qu’ils dénonçaient chez les autres : l’édification à rebours après l’édification niaise.

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Joyeux Noël !

Je me suis souvent demandé qui ils pouvaient bien être ces hommes de bonne volonté. Le langage courant n’est pas très amène avec eux : quand on dit d’un enfant qu’il est « plein de bonne volonté », c’est avec une nuance de commisération laissant entendre qu’il ne faut pas lui en demander plus.

Et si justement « les hommes de bonne volonté » étaient ceux-là mêmes qui, ouverts à l’amour de Dieu, se reconnaissent pauvres en moyens, attendant tout d’une force venue d’en haut ?

Et si « la bonne volonté » commençait de se manifester lorsque l’on abandonne tout pouvoir pour devenir des serviteurs de la paix ?

N’est-ce pas là le sens de la crèche de Noël ? Le lieu de l’alliance entre la plus extrême faiblesse — qui a-t-il de plus fragile qu’un nouveau-né surtout dans des conditions matérielles difficiles — et de la plus grande puissance qui soit : l’amour vivant de Dieu.

Si nous sommes « de bonne volonté », Dieu se servira de notre faiblesse pour faire de nous les plus efficaces des artisans de paix.

De tout cœur, je vous souhaite un joyeux Noël et une heureuse année 2020.

La certitude et le doute

On paie toujours l’accaparement des certitudes. Elles sont faites pour être libres. On ne les détient pas comme un objet. Elles se reçoivent comme une grâce. Celui qui croit en disposer à son gré les durcit au point qu’elles périssent. Vient un jour où, loin de le soutenir, leur poids mort lui fait faire la culbute.

Il fut un temps où l’Église, dans ses pasteurs et ses fidèles, affichait une foi non seulement totale, mais vaniteusement sûre de soi et massivement dominatrice. Les chrétiens possédaient la vérité au lieu d’être possédés par elle. Ils avaient barre sur elle. L’Esprit-Saint ne pouvait leur échapper, car ils en étaient propriétaires.

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Fraternité cosmique

Il fut un temps où les anges ne m’intéressaient pas et où je voyais tout au plus dans leur mention une manière désuète et gracieuse de parler de l’invisible. Je n’avais rien contre eux, mais je ne croyais pas à leur existence. Peut-être réagissais-je aussi à une concurrence déloyale qu’une certaine hagiographie leur faisait faire à l’humanité. Délestés de tout poids charnel, on les offrait en exemple. Mais qu’avaient-ils de commun avec notre substance ?

Je renvoyais ces créatures diaphanes à leur évanescences et, plutôt que de me lier à des courants d’air emplumés, préférais la compagnie terreuse de mes semblables.

J’ai commencé à changer d’avis devant une difficulté croissante, qui engendrait progressivement une évidence : comment tout le mal et le bien qui se font dans la création peuvent-ils être attribués uniquement à notre race ?

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Nos plus vieux mots

La « Nuit des temps » sait ce qu’elle dit : le passé, dans ses profondeurs, nous est inaccessible. Que savons-nous des premières tribus qui arrivèrent en Europe et s’y répandirent ? Peuples primitifs, plus étrangers que tous les étrangers ; le temps sépare plus que l’espace, qui n’est pas invincible : nous pouvons rejoindre d’un coup d’avion les aborigènes d’Australie et, de surcroît, vérifier que la civilisation met des montres au poignet des sauvages. Mais les millénaire dressent une infranchissable muraille entre nous et ces gens des commencements de l’histoire, peu initiés à l’écriture, et qui n’ont laissé que de faibles traces d’eux-mêmes. Que pensaient-ils ? Que se disaient-ils ? Les pierres qu’ils amoncelèrent, les fragments d’outils que nous regardons dans les musées ne dissipent pas beaucoup leur énigme.

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L’aveu

Il y a toujours eu une pudeur à parler des choses profondes. Sentiments où se mêlent la crainte et l’amour de ce qui, au-delà de nos vies, dans le tréfonds de l’être, nous fait vivre. On a peur de froisser un secret, de ternir une fraîcheur, de porter atteinte à une intégrité. Une certaine qualité d’âme s’évapore lorsqu’on y touche. Une densité du cœur se dilue lorsqu’on l’expose à tout venant. L’homme a besoin d’échapper à autrui et de s’échapper à lui-même pour exister vraiment. Il lui faut en son centre une réserve d’inconnu, d’inexploré, pour ne pas courir le risque d’être vidé de soi. Tel un puits, il a la hantise de tarir.

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Icône de la Sainte Trinité d’André Roublev

Icône de la Trinité de Roublev
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Un moine russe du XVIe siècle, pénétré de la beauté du vrai et de sa force salutaire, a peint, dans la contemplation et la ferveur cette icône de la Sainte Trinité, qui rayonne au-dessus de toutes les tristesses humaines. Dans cette image inoubliable de Roublev, la divinité apparaît encore sous le voile majestueux de la forme angélique, et cependant, au regard intérieur, tout le mystère est ici déjà manifesté.

Trois personnes se présentent à nous ; la sympathie, visiblement, les unit, une mutuelle compréhension règne sur leur sublime entretien. En harmonie avec elles, le chatoiement des surfaces, des formes et des couleurs est comme un reflet de la lumière inacessible elle-même qui, réfractée par la matière, semble transfigurer notre domaine ici-bas : des fils d’or d’une splendeur céleste flambent dans le rouge de l’amour, s’enfoncent dans les vivantes profondeurs de l’azur, ondulent dans le vert de la nature, du renouveau et de l’espérance. Tous les éléments se répondent dans un équilibre parfait. Chaque mouvement, ébauché dans la douceur, s’accomplit, infiniment calme, dans le repos bienheureux de l’Unité ; le mouvement parfait de la Divinité se déploie en une triple paix.

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Les chrétiens et l’islam

Je suis frappé de l’évidente simplicité de l’islam ne proclamant qu’un dogme : l’unicité et la transcendance radicale de Dieu. De son universalisme également puisque l’islam reconnaît et absorbe les révélations antérieures, la juive certes, mais aussi la chrétienne. Je n’éprouve donc nulle peine à concevoir que tant d’homme succombent à la fascination de cette simplicité théologique, qui allie l’intuition de la radicale séparation d’un Dieu qui ne se laisse ni penser, ni imaginer, ni représenter d’avec l’humanité, tout en maintenant avec force sa proximité, telle du reste qu’Allah fonde et soutient le réel, l’existence n’étant, pour nombre de mystiques musulmans, que le reflet et comme l’ombre portée de l’Essence.

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Glenfarclas 21

Glenfarclas 21 ans

Offerte récemment par mes Trolls domestiques, cette expression de la distillerie Glenfarclas se pare de profonds reflets, tantôt ambre, tantôt vieil or. Le nez est intense, riche en arômes de sherry, de fruits mûrs, de muscade et d’amande avec de légère notes d’agrumes. La bouche qui possède une attaque corsée, fumée, avec quelques notes de tourbe évolue lentement vers le fruité caractéristique de Glenfarclas. Encore un peu de fumée, un soupçon de chocolat et une touche boisée très élégante en finale. Décidément un de mes malts « fétiches ». Mérite largement un deuxième dram, j’y retourne donc…

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