« Celui qui est »

La petite fille demandait un jour au vieil homme : « Grand-père, qu’est-ce que l’éternité ? » Et lui, après avoir réfléchi, lui a répondu : « Imagines, mon enfant, que la terre entière soit un globe de bronze. Et que tous les mille ans un oiseau, en passant, l’effleure de son aile … Eh bien quand, par ses passages, la terre serait tout usée, l’éternité ne ferait que commencer ! »

Cette anecdote pourrait nous convenir à tous, tant nous sommes démunis pour penser l’infini. Les hommes vont comme des somnambules, le temps de leur fugitive existence, en oubliant qu’ils errent au bord des gouffres sans nom de l’espace et du temps, dans le silence opaque de l’empilement des siècles.

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Al mawt alina haqq

Il s’en est allé, Noureddine, mon ami. Il s’en est allé, moustache la première, visage raviné comme les paysages de sa terre natale. Il s’en est allé le vieux sage, paisible, sourire au lèvre, tenant entre les mains une carte postale froissée : soleil levant, ciel rose, rochers roses…

En lui disant adieu je n’ai pu m’empêcher de penser à cette histoire qu’il me racontait entre deux gorgées de thé à la menthe. Alors que Jésus arrivait devant une montagne, celle-ci se mit à pleurer. Qu’as-tu, ô montagne, lui demanda-t-il ? Et elle de répondre : je suis la montagne dont on sculptait les idoles

Il s’en est allé Noureddine : Hada ma cha’Allah !


Illustration : Cappadocia, galerie Flickr de Dan.

Glenmorangie Signet

Glenmorangie Signet

Découverte récente, à la Table des Templiers, d’un pur chef d’œuvre : le Glenmorangie Signet. Single des Highlands élaboré à partir d’une orge baptisée « chocolate malt » par l’expert maison Bill Lumsden. Une version non filtrée à froid qui justifie ses 46% et qui résulte de l’assemblage de fûts de bourbon de premier remplissage, de quelques fûts neufs et de fûts de sherry oloroso.

On compte environ 155,00 € la bouteille. Oui, je sais, mais quand on aime…

  • Couleur : cuivre.
  • Nez : fruit riche ; miel, marmelade d’orange, érable, sherry, chêne doux ; épices.
  • Corps : soyeux.
  • Bouche : fruits et épices bien marqués ; chocolat noir, vanille et touche de cuir.
  • Finale : assez longue ; vanille et gingembre.
  • Note : 89/100

Un peu de tenue que diable !

“Tu aimeras ton prochain comme toi-même” Quand le Seigneur exige de nous ce violent exercice, le prochain devrait nous aider en se faisant aimable. L’hiver, passe encore, le froid oblige à la rigueur. Avec les chandails, on enfile quelques bonnes manières. La vasoconstriction stimule l’esprit de discipline : la discrétion, l’élégance parfois, une certaine honnêteté et le sens des principes sont les effets conjugués de l’aquilon du travail et des habitudes. Mais les premiers beaux jours du printemps mettent chez beaucoup ces réflexes en déroute. de surveillance de soi, plus mèche.

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« Coup de vieux ! »

Usager occasionnel de la ligne de bus 20 – qui me mène de mon bureau au bar derrière lequel je tente de convertir mes contemporains, dans un même élan pastoral, aux bienfaits du whisky et à ceux de la sainte Église catholique -, usager donc des transports en commun, je m’émerveille souvent de ce que des jeunes issus de cette belle-diversité-qui-fait-la richesse-de-notre-société cèdent leur place à des personnes âgées tanguant dangereusement au gré des virages pris sans ménagement par un chauffeur pressé.

A voir ces regards pleins de compassion qui croisent ceux désespérés de vieillards agrippés à la main courante comme autant de marins saouls au mat d’artimon d’un cap hornier, je me suis pris, voyez-vous, à croire en un avenir fraternel pour l’humanité… Jusqu’à ce mercredi 20 janvier 2018, jusqu’à ce jour maudit, car voyez-vous aujourd’hui, c’est moi qu’un de ces jeunes paltoquets a jugé assez pathétique pour lui proposer sa place…

Je commence par une teinture et un soin du visage ?

Ce sont des temps d’effroi

Sans voix, je laisse les mots d’Etty Hillesum résonner dans la nuit.

Ce sont des temps d’effroi, mon Dieu. Cette nuit pour la première fois, je suis restée éveillée dans le noir, les yeux brûlants, des images de souffrance humaine défilant sans arrêt devant moi. Je vais te promettre une chose, mon Dieu, oh, une broutille : je me garderai de suspendre au jour présent, comme autant de poids, les angoisses que m’inspire l’avenir ; mais cela demande un certain entraînement. Pour l’instant, à chaque jour suffit sa peine. Je vais t’aider, mon Dieu, à ne pas t’éteindre en moi, mais je ne puis rien garantir d’avance. Une chose cependant m’apparaît de plus en plus claire : ce n’est pas toi qui peux nous aider, mais nous qui pouvons t’aider — et ce faisant nous nous aidons nous-mêmes. C’est tout ce qu’il nous est possible de sauver en cette époque et c’est aussi la seule chose qui compte : un peu de toi en nous, mon Dieu. Peut-être pourrons-nous aussi contribuer à te mettre au jour dans les cœurs martyrisés des autres […]

— Etty Hillesum, Une vie bouleversée – Journal 1941-1943.


Illustration : Brussels Attack, galerie Flickr de Miguel Discart (CC).

Bonne et heureuse année !

« Bonne et heureuse année à vous tous. Vœux de santé, de joie, de bonheur, de paix. »

Des mots qui apparaissent usés et comme vides à force d’être dits chaque année à la même époque ; à force d’être contredits par la vie et le monde comme ils vont. Mais il n’en est pas d’autres meilleurs pour dire ce que je désire pour vous et ce que j’attends aussi pour moi, dans l’espérance qui nous a été redite la nuit de Noël en cet enfant qui est venu déchirer l’opacité du monde. Ainsi, que chaque jour de l’année qui vient soit Noël pour chacune et chacun d’entre vous.

Ce que le naïf sait

Jamais on n’a été aussi incapable de faire aucune véritable révolution. Parce que jamais aucun monde n’a autant manqué de fraîcheur.

Charles Péguy

Péguy écrivait cela en 1905 à propos de la révolution sociale qu’il liait à la révolution morale et religieuse. Que dirait-il aujourd’hui où le manque de fraîcheur n’est plus seulement vécu, mais revendiqué ! Non contents d’être revenus de tout, nos contemporains se glorifient de leurs doutes. Ils sont fascinés par leur débâcle. Ils pratiquent une lucidité à sens unique, qui s’exerce sur les entraves et non sur les réussites, qui libère des engouements mais aussi des engagements. Ils sont lâches par conformité au néant. Ils hésitent à agir par crainte du ridicule.

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Les laïcs dominicains et la prédication

Lettre du fr Bruno Cadoré, Maître de l’Ordre des Prêcheurs, présentée par frère Ignace Berten, o.p.

Dominicains, – frères, sœurs et laïcs, – nous sommes envoyés pour prêcher l’Évangile. Le pape François a fortement mis en valeur cet appel à l’évangélisation dans son Exhortation apostolique Evangelii gaudium. « Aujourd’hui, plus que jamais peut-être, le thème des laïcs dominicains doit nous aider à découvrir davantage que nous tous, membres de la famille dominicaine, sommes envoyés ensemble pour servir la conversation de Dieu avec le monde en annonçant l’Évangile de la paix. »

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J’entends venir l’hiver

Par le vent d’est frappant à ma porte, par les arbres dénudés dont les ramures se plantent dans le ciel, ce matin j’entends venir l’hiver. Après l’été et son trop plein d’activités et de rencontres, après la rentrée de l’automne, voici le temps de la solitude, de la jachère, ces longs mois où je mets ma terre en repos. Je me retire quelques heures chaque jour, j’hiberne pour mieux écouter.

Je sais le privilège de ma situation. J’ai de la chance, disent bon nombre. Pas de doute. Qu’ils ne s’imaginent pas cependant que cela se fait comme par enchantement… Mais il y a bien longtemps j’ai cessé d’expliquer, de justifier. La clef de tout : tenter au maximum de ne rien mettre entre soi et son désir d’échapper à la tourmente. Un jour, une porte s’entrebâillera et vous pourrez vous y engouffrer.

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