Castelluna

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lundi 12 juillet 2010

Fraternité cosmique

Il fut un temps où les anges ne m'intéressaient pas et où je voyais tout au plus dans leur mention une manière désuète et gracieuse de parler de l'invisible. Je n'avais rien contre eux, mais je ne croyais pas à leur existence. Peut-être réagissais-je aussi à une concurrence déloyale qu'une certaine hagiographie leur faisait faire à l'humanité. Délestés de tout poids charnel, on les offrait en exemple. Mais qu'avaient-ils de commun avec notre substance ?

Angel2 - Galerie Flickr de Aelena - http://www.flickr.com/photos/ajoamb/2402069682/

Je revoyais ces créatures diaphanes à leur évanescences et, plutôt que de me lier à des courants d'air emplumés, préférais la compagnie terreuse de mes semblables.

J'ai commencé à changer d'avis devant une difficulté croissante, qui engendrait progressivement une évidence : comment tout le mal et le bien qui se font dans la création peuvent-ils être attribués uniquement à notre race ?

Il est banal de dire que la grande fracture provient de la liberté humaine et que le désordre qui ruine l'œuvre d'amour a pour origine le péché d'Adam. Juste reconnaissance de notre responsabilité, mais excessif monopole de la faute.

Car peut-on inculper l'homme pour les ravages que provoquent les catastrophes naturelles : séismes, sècheresses, épidémies ? Souvent complices de ces phénomènes par son imprévoyance, il n'est pour rien dans leur naissance.

L'infini champ des déterminismes de tous ordres, physiques et spirituels, offre un prétexte identique à nous innocenter de maux que nous encourageons ou combattons, mais dont les auteurs véritables pourraient bien être des puissances maléfiques qui faussent l'harmonie du monde.

Dans le registre inverse de l'amour, que dire des grâces secrètes et des faveurs inouïes qui n'ont pour origine aucune action humaine, dût celle-ci les relayer et s'en faire consciemment la dispensatrice ?

Pour la fidélité aussi, l'homme n'est pas seul à exercer sa liberté. des concours extraordinaires le soutiennent. Un pullulement d'amitié, un foisonnement de bienveillance le fortifient contre l'assaut des ténèbres.

Par quel décret déciderions-nous qu'il n'y a de créatures que visibles et charnelles ? D'autres modes d'existence ne sont-ils pas concevables et ne rendent-ils pas compte d'interventions qui, autrement, demeurent inexpliquées ?

Il faut prendre garde à cette étroitesse de cœur et de pensée qui tend à réduire la communauté des créatures à l'humanité et à ce qui lui ressemble. Quand il s'agit de la paternité divine, on se trompe moins à voir grand que petit.

De l'atome à l'étoile et de l'amibe au séraphin, le pouvoir créateur développe une fraternité  cosmique qui n'a de limites que celles de l'amour, lequel n'en a pas.

[Photo - CC]

dimanche 11 juillet 2010

Dieu s'est fait le prochain de l'homme

Le bon samaritain ! Un évangile trop connu dont nous ne tirons souvent comme commentaire qu'un encouragement aux bonnes œuvres. Or tout évangile, quel qu'il soit, est d'abord la description de l'agir même de Dieu à notre égard. Reprenons-le donc sous un autre regard, celui qu'avaient autrefois certains Pères de l'Église aux premiers siècles de notre ère.

Un homme descend de Jérusalem vers Jéricho.

Il quitte la ville Sainte, la ville vers laquelle au contraire monte Jésus. Il quitte Jérusalem vers laquelle monte le peuple juif pour se rendre au temple lorsqu'il cherche la sanctification. Notre homme fait le contraire et tombe ainsi entre les mains des puissances mauvaises. S'éloignant de Dieu, il ne pouvait que mourir.

Passent un prêtre et un lévite.

Deux personnages, symbolisant le culte de l'Ancienne Alliance, passent à côté de l'homme sans s'arrêter et expriment ainsi l'inefficacité du Temple, du culte et des rites pour sauver l'homme.

Passe un Samaritain.

Un hors-la-loi, un exclu du peuple élu. Pour décrire la compassion de ce Samaritain, Luc utilise le même style, le même langage, les mêmes mots, que pour exprimer la compassion de Jésus à l'égard des pécheurs, des infirmes et des malades.

Ne nous y trompons pas.

Ce Samaritain, c'est Jésus lui-même. L'hôtellerie à qui il confie notre homme, c'est l'Église. Cette Église à qui le Christ a confié la tâche de poursuivre son œuvre. Ce n'est donc plus la Loi qui sauve l'homme, c'est Jésus. C'est lui le seul sauveur de ceux qui s'éloignent qui tombent et qu'on dépouille. Seule la miséricorde de Dieu nous sauve.

Comme les prophètes l'ont rappelé, la loi de Dieu est dans le cœur de l'homme, ni hors d'atteinte, ni au-dessus de ses forces. Ne faisons donc pas de cet évangile une loi surhumaine, un idéal impossible à atteindre. Contemplons l'agir de Dieu à notre égard, osons croire à la puissance du Christ dans notre cœur. Lui seul peut nous relever. Osons croire à la puissance du Christ dans l'Eucharistie, ce pain de vie pour nous rendre des forces.

S'il y a des gens blessés, souffrants, à côté desquels nous passons, indifférents, c'est peut-être parce que nous ne prenons plus suffisamment le temps de regarder Dieu dans l'Évangile et que nous ne croyons pas assez que c'est à nous aujourd'hui qu'il confie une humanité en quête d'absolu. « Va et toi aussi, fais de même. »

Ajoutons que c'est à l'attention d'un docteur de la Loi que Jésus a raconté cette parabole. Il s'adresse à un notable dont la charge est de dire aux autres quels sont les devoirs de la religion. « Qui est mon prochain ? Jusqu'où oblige la Loi ? », demande un docteur de la Loi. Jésus lui répond par une autre question. « Toi, comme ce Samaritain, jusqu'où l'amour te poussera-t-il à te faire proche des hommes ? »

Détournement de la question ! Détournement de la religion ! La règle d'or de la morale ne réside pas dans un cadre défini, dans le respect de commandements. Elle trouve son modèle dans un Samaritain qui a du cœur et se refuse à fixer les bornes de l'amour.

Pourquoi, aujourd'hui encore, la religion fait-elle obstacle à la charité ? Pourquoi cette méprise tragique de la part de beaucoup ? Une méprise tragique qui atteint finalement Dieu lui-même. On honore Dieu dans le Temple et on le méconnaît au bord du chemin. On reconnaît la présence du Christ dans le tabernacle mais on méprise sa présence dans celui qui croise notre chemin.

« Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho. » Bientôt Jésus va monter en sens inverse. Il sera, lui, l'homme rejeté, bafoué, couvert de sang et tous se détournerons de lui. Mais la foi du centurion découvrira en cet homme sur la croix, le visage de Dieu. La foi des apôtres le découvrira ensuite.

« Va et toi aussi fais de même. » Notre foi découvrira-t-elle que Dieu, s'est fait le prochain de l'homme en Jésus-Christ ?

[Quinzième dimanche ordinaire - C]

mercredi 23 juin 2010

Éloge de l'innocence

Un adage ancien nous le dit : rien n'est pire que la corruption du meilleur. La corruption de l'innocence ne s'appelle pas souillure, dérision, perversité. Ce sont là ses ennemies. Mais ce qui relève du même genre qu'elle et en exprime la détérioration c'est la niaiserie. Si l'on se réfère à l'étymologie, l'innocent est quelqu'un qui n'a pas la capacité de nuire. Est-ce alors l'impuissant, l'inoffensif, celui qu'on peut négliger sans risque ?

Ici s'amorce un glissement mystérieux. L'innocent incarne sans doute un manque, une impossibilité. Mais loin d'être une déficience, cette inaptitude révèle l'existence d'une autre réalité, l'appartenance à un autre ordre. L'innocent est le témoin d'un monde qui n'a pas besoin de nuire pour être, de blesser pour s'affirmer. Il est le signe d'une positivité qui transcende la contradiction et triomphe sans combat, même lorsqu'elle est victime.

L'innocent est souvent bâillonné. Mais il réduit non moins souvent ses persécuteurs au silence et leurs armes tombent devant sa faiblesse. C'est qu'en lui se manifeste la violence de l'Esprit. Douce ardeur et tendre brûlure, elle n'a rien des ingrates fureurs du péché. Flamme baptismale, sa pureté s'alimente en nous à un brasier plus intime que nous.

Lorsqu'il ne reste que des cendres, on a la niaiserie : handicap dépourvu de signification, carence privée de grâce. Le fait de ne pas marquer de résistance n'indique plus que l'inexistence. Tout s'inverse alors. La fraîcheur devient fade, la clarté blafarde, la limpidité sans saveur. Remplaçant lumière et courage, bêtise et lâcheté suscitent le mépris. La candeur était un reproche, la niaiserie pousse à l'ignominie. Elle donne bonne conscience à cette part de nous-même qui refuse de s'ouvrir.

Ce n'est plus un autre monde qui est rendu présent, ou une lampe qui s'allume derrière celui-ci. C'est l'extinction des feux et ce monde laissé à la nuit. Sans défense, il roule vers l'abîme, car l'innocence qui lui eût infusé une force vierge est flétrie. Privé d'enfance, l'univers se tarit.

L'enfance n'est pas pour rien synonyme d'innocence. Son infériorité physique est l'image d'une grandeur spirituelle, sa fragilité temporelle la figure d'une puissance éternelle. Quand l'Évangile nous demande d'être comme des enfants, comprenons qu'il ne  s'agit pas de devenir infantiles, mais fils de Dieu, actifs dans l'abandon et victorieux dans la transparence.

dimanche 20 juin 2010

Pour vous qui suis-je ?

Comme chaque année, la fin juin est l'occasion pour les parents de rencontrer les professeurs de leurs enfants, de réclamer quelques explications, solliciter quelque conseil pour une nouvelle orientation et, s'ils y pensent, remercier celui qui fut sans doute le souffre-douleur d'une classe pas toujours disciplinée. Je veux parler du professeur de religion.

Pauvre professeur de religion qui, après trois trimestres de cours chahutés, constate, effaré, que sur les quarante pages de notes, deux seulement traitent de Jésus-Christ !

« Avez-vous encore la foi, monsieur le professeur ? » demandent les parents inquisiteurs.

« On ne donne pas à boire à un âne qui n'a pas soif » leur répond l'enseignant.

« Et si on en discutait. Et si nous partagions nos points de vue, nos difficultés, nos attentes ? » leur propose un collègue venant à la rescousse.

Qui donc est-il, ce Jésus, pour que vous persistiez à enseigner la religion alors que vous êtes licencié en philologie classique et bien mal encouragé ? Qui est-il pour vous, parents, pour qu'il vous angoisse et vous oblige à réclamer des comptes ou à ne rien réclamer du tout ?  Et qu'avons-nous bien pu en dire pour que les élèves demandent à leur professeur de religion un cours où on ne parle ni de l'Église, ni du Christ, ni de Dieu ?

« Pour vous qui suis-je ? »

Oui, la question nous est adressée. Il vaut la peine que chacun y réponde personnellement.

Mais au préalable, Jésus leur demande.

« Que dit-on de moi ? »

Il est utile parfois de prendre conscience de l'opinion des autres, de ce qui se dit sur l'Église ou comment on perçoit le Christ que nous prêchons et celui dont nous voulons être les témoins. nous constaterons qu'il y a sans doute bien des caricatures, des perceptions différentes, des opinions  aussi variées que ne le sont nos préoccupations du moment, nos intérêts ou nos attentes.

« Que dit-on de moi ? »

Quel rêve l'homme a-t-il sur Jésus ? Comment est donc perçu le témoignage de son Église ?

« Mais pour vous, qui suis-je ? »

Vous qui écoutez la parole, au moins aux messes du dimanche, vous qui la lisez, vous qui la priez. Vous qui vous inquiétez de l'avenir, de la foi chez les jeunes, vous qui enseignez la religion, vous qui militez, vous qui êtes consacrés. Vous qui, aujourd'hui, êtes dans l'épreuve, dans la souffrance, dans l'échec.

« Pour vous, qui suis-je ? »

Nous serons étonnés, et de la richesse des professions de foi, et de la diversité des réponses. Nous n'avons pas chacun un Dieu différent. Mais Jésus est vivant et la connaissance que nous avons de lui dépend de notre relation avec lui.

A tous ceux qui, comme Pierre, reprendraient une formule qui se voudrait la plus dogmatique, la plus exacte, la plus objective qui soit, comme à tous ceux qui prétendraient être plus proches de la vérité que leur voisin, Jésus dit : « Celui qui veut marcher à ma suite, qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix chaque jour, et qu'il me suive. »

Vivre ce que nous proclamons. Il n'y a de profession de foi cohérente, véridique et lucide, que dans le désir explicite de ressembler au Christ. Ce qui fait que notre foi est juste, ce qui fait que nous lui ressemblons, c'est notre façon de prendre la croix, la nôtre. La croix que nous impose la vie : la santé, le vieillissement, le handicap. La croix inhérente à tout amour fidèle, à toute vie familiale, qu'elle s'appelle solitude, incompréhension ou échec. La croix que je ne cherche pas mais qui vient à la rencontre de tous ceux qui veulent aimer comme il nous a aimés.

Prendre sa croix, la porter jusqu'au Vendredi saint, jusqu'à ce que le ciel s'obscurcisse, jusqu'à ce que notre prière crie : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? » La croix, signe du chrétien.

Je dis un vibrant merci à tous ceux qui m'ont dit quelque chose de Jésus-Christ par leur façon de porter leur croix. Ce collègue, cette catéchiste, cet animateur pastoral... Épuisés, au bord de l'abandon, confrontés tous les jours à l'ironie, à la suspicion ou au rejet de leur témoignage. Ces parents désemparés, déçus et pourtant toujours accueillants à l'enfant en crise. Ce prêtre incompris, isolé. Ces couples vivant au quotidien la blessure de leur amour sans cesse recommencé. Ces veuves et ces veufs passant de la sérénité au sentiment d'abandon, renouvelant sans cesse leur espérance.

Bref, tous ceux qui ont accepté de perdre leur vie, en tous cas une certaine idée qu'ils se faisaient de la vie. Ils sont restés ouverts à l'imprévu, disponibles au nouveau venu, accueillants à la différence. Ils ont voulu aimer sans compter, regarder la vie et chacun avec les yeux de l'amour et de la foi, avec les yeux du Christ.

« Pour vous qui suis-je ? »

[Douzième dimanche ordinaire - C]

dimanche 13 juin 2010

Au nom de la loi ou au nom de l'amour ?

A une certaine époque de son histoire, l'Église, parait-il, aurait refusé de faire entendre l'évangile de ce jour aux assemblées chrétiennes. Ayant mis sur pied une pastorale de redressement moral, elle craignait que les reproches de Jésus à Simon le Pharisien, homme honnête et intègre, ne contredisent la sévérité des exigences prêchées. Elle craignait surtout que le pardon trop facilement accordé n'ouvre la porte à quelque relâchement ou laxisme moral.

De tous temps, la surabondance de l'amour de Dieu, surtout à l'égard du pécheur, a toujours mis mal à l'aise les chrétiens honnêtes. Nous sommes Simon le pharisien, nous sommes le frère aîné de l'enfant prodigue. Nous aimons qu'on nous dise ce qu'il faut faire et nous le ferons. Nous aimons nous en référer à une loi, savoir où se trouve le mal, connaître avec précision et clarté le geste, l'attitude, le sentiment qui plaît à Dieu, savoir que Dieu récompense le bien, qu'il punit le mal.

Simon le Pharisien est bouleversé de voir Jésus accepter les gestes de la pécheresse. D'autant plus que Jésus lui reproche de se préoccuper davantage de principes moraux que de l'accueillir, lui, chaleureusement. « Tu vois cette femme, mets-toi à son école. Tu as vu son parfum, ses larmes, ses baisers. Toi, rien, tu ne m'as même pas embrassé. Simon, c'était pourtant beaucoup plus important que de savoir ce qui est bien ou ce qui est mal. »

L'important, c'est d'accueillir Jésus. En l'accueillant, nous apprendrons à regarder les autres avec son regard.

Pour Simon et nous, les choses son simple. Au nom de la loi, le monde est divisé entre les bons et les mauvais, les saints et les pécheurs.

Le regard que Jésus pose sur les hommes n'est pas celui-là. Il ne regarde pas au nom de la loi, il regarde au nom de l'amour. Au nom de la loi, cette femme a sali l'amour, elle en fait un métier. Elle est pécheresse ! Au nom de l'amour de Dieu, il y a dans cette femme une grande pureté d'amour. Mais les circonstances de la vie, le mensonge des hommes, sa faiblesse personnelle l'ont conduite à l'exprimer bien mal et à ne plus oser croire en elle ni en l'amour qui est en elle.

C'est toute la différence entre Jésus et Simon, entre Jésus et nous : la qualité du regard. Au nom de la loi ou au nom de l'amour !

Ce qui a sauvé la femme, c'est d'avoir cru que Jésus ne la condamnait pas, qu'elle n'était même pas jugée. Ce qui l'a sauvée, c'est d'avoir cru que Dieu fait confiance au pécheur.

Il y a toujours dans l'homme, nous apprend Jésus, fût-il pécheur, une petite flamme de pureté, une espérance de conversion. Il suffit de la lui révéler en l'aimant tel qu'il est et en lui pardonnant.

Si le sacrement du pardon, si les confession ont diminué, c'est peut-être parce que le meuble et le prêtre qui s'y installe représentent plus Simon que Jésus. Si aujourd'hui, nous avons perdu le chemin du sacrement de réconciliation, c'est peut-être parce que nous ne croyons plus assez que le pardon du Christ peut susciter en nous un surplus d'amour.

Nous ne sommes jamais en règle, mais nous sommes toujours aimé. Voilà la vérité et l'équilibre.

[Onzième dimanche ordinaire - C]

jeudi 10 juin 2010

« J’ai confessé le diable... »

Non, il ne s'agit pas d'une énième déclinaison de l'Exorciste mais d'une histoire racontée par un prêtre colombien qui a gagné le concours « Anecdotes sacerdotales » organisé en mars dernier par le portail catholic.net. Sur les 820 histoires parvenues de 78 pays, un jury de 20 membres issus de 7 pays différents a choisi celle du Père Manuel Julián Quiceno Zapata du diocèse de Carthage. Nous vous en proposons ci-dessous une traduction publiée par l'agence Zenit.

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dimanche 6 juin 2010

Corps et sang du Christ

Vitrail calice, chapelle Saint Michel de RochenoiresLa Fête-Dieu ou la fête du Saint Sacrement était autrefois l'occasion de réjouissances paroissiales. Processions et saluts rassemblaient les foules et mobilisaient groupements et confréries. Si les choses ont bien changé, la fête du Saint Sacrement reste cependant pour nous l'occasion de réveiller ce qui fait l'objet de notre démarche dominicale. Qu'est-ce qui peut encore faire courir les chrétiens à la messe ? A cette réunion qui n'en est pas une puisqu'on vous invite à ne pas parler avec votre voisin. A cette prière qui n'en est pas une une puisque continuellement interrompue par des chants de qualité parfois douteuse. A un culte qui a perdu la solennité des gestes d'autrefois. A une assemblée dite communautaire mais où on préfère souvent rester inconnu de ceux qui, comme nous, sont appelés frères et sœurs ?

C'est qu'il en va de la messe comme de la vie. L'essentiel est invisible. L'essentiel ! Je veux dire la rencontre avec Celui qui nous rassemble et dont nous faisons mémoire : le Christ ressuscité auquel je communie de façon toute privilégiée à la messe.

Aussi la grande question qui déjà tracassait saint Paul resurgit avec autant d'acuité pour les chrétiens de notre temps. Comment mener, entre nous et avec tous, une vie conforme à ce que nous célébrons dans l'Eucharistie ?

Pour être vraie, la fraction du pain réalisée dans le sacrement de l'autel doit aussi se réaliser dans le sacrement du frère. La distance est souvent trop grande, hélas, entre d'une part ce que Jésus a vécu et que nous célébrons et, d'autre part, ce que nous acceptons de vivre. Mais lorsque la distance se réduit au point que le lien entre le partage eucharistique et le partage quotidien devient une évidence, alors éclate la vérité du corps du Christ, livré jadis comme aujourd'hui pour la multitude des hommes.

Comme les disciples, nous nous interrogeons sur ce que nous pouvons faire avec la pauvreté de nos moyens.

« Cinq pains et deux poissons ».

Quelques personnes âgées, quelques jeunes, quelques familles une Église minoritaire.

« Cinq pains et deux poissons ».

Ne faudrait-il pas envoyer à plus compétent, ces peuplades affamées, le problème du sous-développement, le problème du chômage ?

« Renvoie cette foule, ils pourront aller dans les villages et les fermes des environs pour y trouver de quoi manger. »

Mais Jésus rétorque : « Donnez-leur vous-mêmes à manger », vous qui m'avez suivi jusqu'ici. Il annonce ainsi ce que devront devenir toutes nos Eucharisties.

« Cinq pains et deux poissons ».

Ridicule pour tant de monde et tant de problèmes. Mais parce qu'ils ont accepté de confier au Christ leurs pauvres moyens, celui-ci s'est chargé de les multiplier. A eux ensuite de les distribuer à tout le monde.

Vivons ce que nous célébrons. Vivons l'Eucharistie en nos vies quotidiennes. Faisons mémoire, en nos rites et en nos vies, de Celui qui s'est donné pour sauver tous les hommes.

vendredi 4 juin 2010

Écrit au bas d’un crucifix

Écrit au bas d'un crucifix

Vous qui pleurez, venez à ce Dieu, car il pleure.
Vous qui souffrez, venez à lui, car il guérit.
Vous qui tremblez, venez à lui, car il sourit.
Vous qui passez, venez à lui, car il demeure.

— Victor Hugo, Les contemplations - Livre III - Les luttes et les rêves

mardi 1 juin 2010

Un peu de tenue que diable !

« Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Quand le Seigneur exige de nous ce violent exercice, le prochain devrait nous aider en se faisant aimable. L'hiver, passe encore, le froid oblige à la rigueur. Avec les chandails, on enfile quelques bonnes manières. La vasoconstriction stimule l'esprit de discipline : la discrétion, l'élégance parfois, une certaine honnêteté et le sens des principes sont les effets conjugués de l'aquilon du travail et des habitudes. Mais les premiers beaux jours du printemps mettent chez beaucoup ces réflexes en déroute. de surveillance de soi, plus mèche.

Cela me donne envers le précepte des révoltes saisonnières. Je n'ai plus envie de faire l'effort, et le dis tout net : mon prochain, je l'aimerai quand il aura craché son chewing-gum, qu'il profèrera moins haut des propos moins vulgaires, qu'il sera décemment vêtu et que nous ne serons plus en vacances. Ce n'est pas qu'en vacances je donne congé aux commandements comme au bureau, mais c'est le prochain vacancier que je n'aime pas. Où sont passées les vertus septentrionales ? Est-ce de dépenser ostensiblement son argent ou la seule chaleur qui, tous usages abattus, les fait choir dans l'hébétude ? Je les regarde au restaurant, débraillés, poitrail découvert, ne sachant plus même se tenir assis. Exsudant, affalés, lourds de soleil et de kilomètres, toutes pores dilatées, ils s'étirent, baillent, s'empiffrent, sans s'apercevoir qu'ils coupent l'appétit à de plus délicats. La physiologie fauche ses droits à la politesse. Si encore ils étaient gais ! Mais leur béate satiété, leur rire même, et surtout le maussade silence que s'opposent les couples ne suggèrent qu'ennui et harassement.

Je me demande aussi comment on peut entrer dans une église à demi-nu. Même si l'on est incroyant, et je dirais, d'abord si l'on est incroyant : si les chrétiens ont cultivé des fables, ces pierres, témoins d'espérances déçues et de prières inconsolées, rendent l'homme encore plus digne de compassion et de respect. De surcroît, la plupart de nos dénudées ne font pas honneur au Créateur, leur embonpoint ne témoignant pas d'un travail très soigné. Que le ciel ne mérite pas la prime, c'est l'évidence. Quant à lancer des reproches  par ces preuves indiscutables, c'est manquer de tact envers la Providence, de dignité envers soi.

De loin, l'homme est la créature la plus vulgaire, et le touriste nous le prouve jusqu'à l'accablement. Il y a des sites ingrats, des bêtes immondes. Mais nul n'en remet comme nos congénères. La visite d'un zoo est une promenade particulièrement humiliante. Discourons de la « grandeur de l'homme » à notre aise, mais évitons de nous comparer de trop près à nos frères inférieurs. A la marche traînante du bipède, le tigre oppose la superbe rythmique du pas animal. Il y a chez les bêtes une justesse et une sobriété dont l'humanité est principalement dépourvue les jours chômés. Quoi de plus navrant que ces braillements et ces quolibets envoyés de l'autre côté des grilles, en réponse de quoi le silence animal déploie sa hautaine philosophie ? Affligeantes ces singeries destinées à capter l'attention de l'ours, quand les yeux de ce prince en exil ne daignent pas s'abaisser vers ceux qui tentent vainement de l'exciter, car il n'y a pas de quoi en vérité...

Non, notre espèce ne se distingue pas. Seule exception à la règle : les petits enfants, encore rebelles au mauvais exemple qu'on leur donne, ne sont jamais vulgaire. Cela changera pour beaucoup d'entre eux. L'adolescence n'est pas, quoi qu'on dise, l'âge de la révolte, mais celui où peut-être par usure, l'enfant acquiesce à la vulgarité de l'adulte et s'y conforme. Mais tant qu'ils sont petits, ils ont des visages fraternels, et leurs yeux ouverts tout ronds vous scrutent avec insistance, au point que vous devenez honteux de n'être que vous, et de ne pas offrir à leur contentement une trompe d'éléphant ou une corne de rhinocéros.

Mon propos est dénué de charité, mais j'avais prévenu : suis-je inexcusable, quand, pour aimer, j'ai besoin d'un peu de goût ?

lundi 31 mai 2010

Félicitation Monseigneur !

Monseigneur Rémy Vancottem, évêque de NamurCe lundi 31 mai, le nouvel évêque du diocèse de Namur vient d'être nommé ; il s'agit de Monseigneur Rémy Vancottem, anciennement évêque auxiliaire du Brabant wallon.

Rémy Vancottem est né à Tubize le 25 juillet 1943. Il devient prêtre le 27 juin 1969. Il se forme ensuite en psychologie de la religion à l'UCL et dans le centre médico-psychologique pour prêtres et religieux (AMAR) à Paris. Ordonné évêque en 1982, à 38 ans, il prend pour devise épiscopale « Et votre joie sera parfaite ».

En 28 ans d'épiscopat, Monseigneur Vancottem a toujours insisté sur la nécessité de l'évangélisation, du contact personnel et des paroisses. Deux documents ont balisé ses orientations pastorales : « Ensemble, oser l'Église » (1984) et « Dans la force de son Nom » (2007). A 67 ans, Monseigneur Vancottem est aujourd'hui nommé évêque de Namur ; poste rendu vacant depuis la nomination de Monseigneur Léonard comme archevêque de Malines-Bruxelles le 18 janvier dernier.

Le diocèse de Namur est un diocèse singulier à plusieurs titres. C'est le diocèse le plus étendu (un quart de la Belgique). C'est aussi le diocèse le moins peuplé avec seulement  670.000 habitants. Il englobe deux provinces: Namur et Luxembourg. 742 paroisses sont animées par 429 prêtres actifs. Namur a encore la particularité de compter sur son territoire deux séminaires : le séminaire Notre-Dame et le séminaire Redemptoris Mater. En moyenne, ce sont cinq séminaristes issus de ces deux centres de formation qui sont chaque année ordonnés prêtres.

[Source]

dimanche 30 mai 2010

Comme un soleil aux multiples éclats

Qui donc est Dieu ? Un mystère ? Certainement, mais pas une énigme. Dieu est une réalité ou plutôt quelqu'un que nous n'aurons jamais fini de découvrir et d'accueillir. Quelqu'un qui nous a parlé de Lui, de nous, qui s'est servi de porte-parole, de notre langage d'hommes, de notre culture, de nos images.

Ainsi dans la première lecture de ce jour (Pr 8, 22-31), Dieu nous parle par la bouche d'une jeune femme dynamique, éprise de beauté, joyeuse. Par elle, Il se révèle à nous comme la Sagesse qui préside à la création, qui organise, ordonne, façonne une œuvre d'artiste. Cette œuvre, c'est le monde et ce sont les hommes au milieu desquels Dieu se plaît. En leur compagnie, il trouve ses délices. « ... et je trouve mes délice parmi les hommes. »

De l'éclat de Dieu, on ne peut percevoir que des facettes. Dieu est un artiste dont la Sagesse est l'inspiration.

Pourtant dans le monde où nous vivons, l'homme est souvent victime du mal, accablé par la souffrance sous toutes ses formes, la violence, la faim, la maladie, la solitude, l'oppression, les cataclysmes naturels ou provoqués. De quel Dieu ces terribles réalités sont-elles le signe ? Qui donc est Dieu au sein d'un monde de souffrance et de mort ?

En Jésus-Christ, Dieu est frère de l'homme. Il nous accompagne, Il est présent en nous, Il nous ouvre à l'espérance.

Parce que Dieu, personne ne l'a jamais vu et que nos mots n'auront jamais assez de force pour en dire toute la profondeur, Dieu est un mystère insondable. Il échappe sans cesse à ceux qui voudraient le posséder, l'enfermer dans les arcanes de leurs petites intelligences ou les émotions de leurs sentiments.

Dieu est comme un soleil au multiple éclats.

La brillance est trop forte pour que nous puissions le regarder face-à-face. Comme Moïse sur le Sinaï, nous ne pouvons que nous cacher dans l'anfractuosité du rocher pour rester en vie. Dieu est comme un soleil mais chacun de ses éclats nous dit quelque chose de son mystère.

Le Père c'est l'éclat du « Tout Autre »

L'éclat du Tout Puissant qui est à la source de la vie et de toute création. Celui qui était avant tout commencement. Les mots nous manquent pour en parler. Comment trouver les mots qui parlent d'infini ?

Le Fils, c'est l'éclat du frère.

Il se donne à voir à une période précise de l'histoire des hommes, partageant avec eux le poids de la vie, la souffrance, la croix, la mort. Il est expression, trace de l'amour de Dieu sur la route des hommes. Par sa parole, par ses actes, il révèle le vrai visage du Père. Il est « Dieu avec nous » et manifeste que notre monde, notre société est déjà le lieu du Royaume.

L'Esprit, c'est l'éclat de la présence de Dieu.

Présent au cœur de chacun d'entre nous et au sein de cette humanité qui marche, qui évolue, grandit. Il est force, dynamisme, souffle qui nous pousse à travailler à la reconnaissance du Royaume de Dieu. Il est cette parole qui murmure les mots d'espérance au cœur de nos vies.

Nous sommes invités à accueillir ces divers éclats du mystère de Dieu. Certains mettrons l'accent sur ce Dieu « Tout Autre », transcendant, tandis que d'autres mettrons l'accent sur sa proximité et sa présence fraternelle.

En tous cas, la meilleure approche qu'on ait pu faire de Dieu est de nous l'avoir présenté comme Trinité. Échange, partage, communion de personnes à l'image et à la ressemblance desquelles nous sommes créés.

[Lectures du jour - Articles connexes]

dimanche 23 mai 2010

Accueillir le souffle de Dieu

Vitrail Saint EspritAu deuxième chapitre du livre de la Genèse, il est raconté que Dieu, à l'image du potier, modela le corps de l'homme avec la poussière du sol. Pour lui donner vie, Il souffla dans ses narines son haleine ou son esprit, car le terme hébreu pour dire souffle peut aussi se traduire par esprit.

Dieu connaissait déjà le geste qui sauve, le geste qui rend la vie. Ceux qui souffre d'asthme, d'emphysème ou d'autres problèmes respiratoires savent mieux que quiconque ce que le manque d'air peut apporter d'inquiétude et d'angoisse et combien le souffle peut être synonyme de libération, de vie et de bonheur.

Au soir de la Résurrection, le Christ ressuscité apparut à ses apôtres, dit Saint Jean et, reprenant le même geste créateur, il souffla sur eux et leur dit : « Recevez l'Esprit Saint. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis. » Les termes vie, souffle, force ou libération ne sont finalement que les synonymes du mot Esprit Saint.

Cet Esprit créateur, les apôtres l'ont vu à l'œuvre le jour de la première Pentecôte. Découragés par la mort de Jésus, asphyxiés par la peur, ils réfléchissent au pourquoi de cette mort ainsi qu'au sens des paroles et des actes de Jésus. Au fur et à mesure de leurs rencontres et du partage de leurs souvenirs, une conviction se fait jour. Il est vivant, il est victorieux, Dieu l'a glorifié.

Ces apôtres, tétanisés par la crainte, se trouvent alors transportés d'enthousiasme pour affronter l'opposition juive. Ce qui n'était pas raisonnable s'est imposé à eux et sans pouvoir résister à la surabondance de vie qui les envahissait, il se sont laissé porter par plus fort qu'eux, c'était l'Esprit de Dieu, force de Vie.

Cet Esprit, ils l'avaient laissé germer en eux en se rappelant les faits et gestes de Jésus, en gardant vivant en eux le souvenir du Christ, de celui qu'ils aimaient. Ainsi aujourd'hui, il n'est d'autre chemin pour nous laisser recréer. « Si vous m'aimez, vous resterez fidèles à mes commandements. Moi, je prierai le Père et Il vous donnera un autre Défenseur qui sera toujours avec vous. »

Pour accueillir le souffle de Dieu, vous connaissez maintenant le chemin. Aimer le Christ, garder sa parole, l'intérioriser, la comprendre, la retourner dans tous les sens comme on retourne la terre de son jardin pour en découvrir toute la saveur et son incessante nouveauté. Prolonger le côtoiement spirituel du Christ dans la prière. Ensuite vouloir en vivre.

Implorer, demander à Dieu de nous envoyer son Esprit, son souffle de vie. L'événement de la Pentecôte n'est pas une illusion du passé ou un rêve à jamais perdu. La Pentecôte est toujours à venir, encore en train de se réaliser. Il suffit de laisser germer ce souffle de vie déjà présent en nous et déjà actif dans le monde lorsque des hommes luttent pour leurs frères, s'unissent ou cherchent à s'entendre, font jaillir ou favorisent ce qui est évangélique en soi et chez les autres.

Ce souffle de vie peut germer en moi, si je recherche des temps et des lieux de recueillement pour me laisser habiter par le regard de Dieu sur ma vie afin que, comme saint Paul, je puisse un jour dire : « Ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi. »

Que son Esprit nous porte.

[Lectures du jour]

samedi 22 mai 2010

Lettre pastorale des évêques de Belgique à propos des abus sexuels

Publiée à leur retour de visite « ad limina » à Rome.

« A toutes les victimes d'abus sexuels nous demandons pardon », affirment les évêques et administrateurs diocésains de Belgique dans une lettre publiée à leur retour de visite ad limina à Rome. « Avec le soutien du Pape Benoît XVI, nous allons prendre des mesures concrètes », affirment-t-ils en souhaitant que « la sécurité et la protection des enfants » prennent le pas sur « toute autre considération ».

Nous publions ci-dessous l'intégralité de cette lettre pastorale dans laquelle les évêques saluent aussi les « belles choses » qui se passent dans l'Église, remerciant tous les chrétiens « qui bâtissent jour après jour un monde plus humain et plus juste, qui proclament l'Évangile et qui contribuent à l'édification d'une Église porteuse d'avenir ».

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vendredi 21 mai 2010

C'est un petit curé qui ne fait pas de bruit...

Magnifique billet d'humeur de François Morel ce matin sur France Inter !

lundi 17 mai 2010

Fragment #13

Seigneur, donne-moi le cœur d'un enfant et le redoutable courage de vivre en adulte.
— Catherine de Hueck Doherty

samedi 15 mai 2010

Pour le jour de l'Ascension

Ainsi fallait-il, mon Dieu, qu'une fois encore tu t'effaces devant mes yeux et que tu montes aux cieux pour entrer dans ma foi. Ainsi fallait-il que tu me quittes pour entrer dans mon histoire, que tu disparaisses pour que je te reconnaisse et que tu me laisses pour que je me trouve.

Ainsi fallait-il que tu entres dans le silence pour que je prenne la Parole et que tu t'absentes pour que je témoigne. C'est donc le temps de l'Église. Je ne te demanderai pas aujourd'hui que ton Ascension me fasse monter un peu plus haut dans la carrière de mes vertus, ni qu'elle me fasse gravir quelques échelons de plus dans l'ascension de ma sainteté. Je ne te prierai même pas de faire par ton Ascension, monter la courbe de mes prières ou de mes sacrifices.

Je ne te prierai que de me rendre libre, puisqu'en ton absence il me faut donc moi-même devenir ta Parole. Libre de me laisser soulever par l'annonce de ton Évangile et de me laisser pousser jusqu'au bout du monde qui est le mien pour y apprendre à lire les signes dont tu es toi-même le Précurseur.

Que jamais je ne cherche dans tes signes une preuve, mais qu'ils soient toujours pour moi une espérance et une tâche. Donne-moi donc cette redoutable liberté de chasser les démons. Ceux du pouvoir et de la gloire, ceux du profit et de la possession. Donne-moi l'audace de la liberté pour boire à tous les poisons sans être jamais intoxiqué, les poisons de l'argent et du travail, ceux de la politique et ceux de la religion. Donne-moi le courage d'empoigner à pleines mains les serpents de ce monde. Ceux du savoir et de la culture, ceux de l'autorité et de l'économie.

Apprends-moi la liberté de parler les langues nouvelles, celle de la relation et de la communication, celle du partage et du dialogue, du pardon et de la tendresse. Donne-moi la liberté de guérir les malades. Les malades du mensonge et ceux de la solitude, les malades de la peur et ceux de l'anonymat.

Par le Christ qui n'a été élevé que parce qu'il s'est humilié. Amen !

vendredi 14 mai 2010

Prière de Benoît XVI à la Chapelle des apparitions de Fatima

Benoît XVI prie à la chapelle des apparitions de Fatima le 12/05/2010

Nous publions ci-dessous le texte de la prière que le pape Benoît XVI a récitée le mercredi 12 mai, en fin d'après-midi, lors de sa visite à la Chapelle des apparitions, à Fatima, dans le cadre de son voyage au Portugal.

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jeudi 13 mai 2010

Aujourd'hui, c'est à nous de jouer

Les Très Riches Heures du Duc de Berry, folio 184r, L'Ascension, Musée Condé, ChantillyDans mon enfance, les émissions d'Antenne 2 à la télévision se clôturaient tous les soirs par un dessin de Folon représentant un bonhomme qu'on voyait voltiger puis se dissoudre dans un ciel léger. Au rythme lent de ses grands bras, il effaçait les images de l'actualité et, comme sur des ailes, il nous emportait vers le sommeil et l'oubli. Pour beaucoup de chrétien, l'Ascension du Seigneur ressemble à cette image. C'est d'ailleurs d'une façon assez semblable que les artistes l'ont représentée au cours des siècles, comme si l'Ascension de Jésus était son retour à sa vérité profonde après une trentaine d'année d'égarement parmi les hommes.

Sachez au préalable que le récit de l'Ascension, dans l'évangile de Luc, est le point final d'une montée progressive de Jésus vers Dieu son Père. Une Ascension qui aurait débuté au début de sa prédication en Galilée. Jésus monta vers Jérusalem en passant par la Samarie. Et à Jérusalem, Jésus monta au Golgotha pour être élevé sur la croix. Mais Dieu l'a ressuscité, il l'a exalté.

La fête que nous célébrons n'est donc pas la fin d'un égarement. C'est au contraire l'achèvement d'une lente ascension. Le but est atteint. Jésus est au sommet... mais à quel prix !

Regardez donc le chemin parcouru par le Seigneur, nous dit cette fête. Il a été jusqu'au bout, jusqu'au don total de sa vie. Il a été l'expression de l'Amour de l'Amour de Dieu pour nous.

Vous l'aurez deviné, cette fête est un peu comme une redite de la fête de Pâques. Et la Pentecôte accentuera encore un autre aspect de la Résurrection de Jésus. C'est comme un triptyque, un tableau à trois volets. Pâques, Ascension, Pentecôte, pour nous dépeindre les mystère du Ressuscité à jamais glorifié et pourtant présent au cœur de l'humanité jusqu'à la fin des temps.

Regardez donc la montée du Christ vers le Père depuis Nazareth jusqu'au Golgotha. Regardez aussi l'ère nouvelle qui s'ouvre maintenant pour ses disciples et pour nous. Voici le temps de l'absence ou plutôt le temps d'une présence diffuse, cachée d'un Christ dont l'incarnation a éclaté pour se rendre présent au cœur de tout homme. Voici le temps où son corps devient l'Église, le temps où le Christ n'a plus que notre bouche, nos bras et nos mains pour se dire et se donner au monde. Voici le temps de l'Église, voici notre temps pour reprendre le chemin qui monte vers Dieu. Voici le temps d'aller jusqu'au bout, le temps de croire en la proximité de Dieu, le temps d'aimer de la force même de son Esprit.

Voici que s'ouvre à l'Ascension le temps de la Foi et de l'Espérance. « Galiléens, pourquoi restez-vous à regarder vers le ciel ? Jésus, qui a été enlevé du milieu de vous, reviendra de la même façon que vous l'avez vu s'en aller vers le ciel. »

Voilà les disciples rendus à eux-mêmes, rendus à leur responsabilité, à leur initiative. Les voilà acculés à prendre distance à l'égard du Maître, à se tourner, non plus vers le passé mais vers l'avenir pour fonder l'Église et porter le témoignage du Christ.

Aujourd'hui, Dieu nous dit : c'est à vous de jouer, c'est à vous maintenant de réinventer l'histoire, d'entamer une Ascension. Pour nous, chrétiens du vingt-et-unième siècle, c'est dans le clair-obscur de la foi, dans l'ambiguïté des choix que nous proclamons le mouvement de l'Ascension. Tout est descendu d'en Haut, tout aspire à y retourner. Retour de la mort à la vie, du péché au pardon, de l'homme à Dieu.

Sommes-nous habités par l'Espérance de rejoindre et de nous laisser rejoindre, au jour le jour, par Celui qui est entré dans le Royaume ?

[Lectures du jour]

lundi 10 mai 2010

Audience aux évêques belges : Allocution de Mgr Léonard

Monseigneur André-Joseph Léonard, archevêque de Malines-Bruxelles

Entretenir « un dialogue ouvert et constructif avec les pouvoirs publics, avec les autres confessions chrétiennes et religieuses ainsi qu'avec l'ensemble de la société civile » d'une part et d'autre part « l'évangélisation et l'approfondissement de la foi » sont deux priorités des évêques de Belgique, indiquée samedi matin par Mgr André-Joseph Léonard, archevêque de Malines-Bruxelles et président de la conférence épiscopale, lors de l'audience accordée par Benoît XVI à l'issue de leur visite ad limina.

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samedi 8 mai 2010

La Grâce chuchotée

Tout le jour nous avions médité sur les problèmes de la famille post-moderne. Le soir nous inclina à des réflexions plus ardues : Qu'est-ce qu'aimer ? Comment aimer ? Je me méfie depuis longtemps de ces prédications, irréelles à force de convoiter l'absolu : « Aimez autrui autant et plus que vous ! Servez-le ! Sacrifiez-vous pour lui ! ». Si l'adolescent est totalement soumis aux parents, si les parents subissent patiemment l'insulte des enfants, si la mère se meurtrit en d'aveugles dévouements, il n'y a pas d'amour dans ces familles, dont on puisse se féliciter. Il y a l'abus et il fait des victimes. Cette gratuité de nos offrandes, ce désintéressement suprême réclamé à nos actes est peut-être la plus haute inspiration du christianisme, mais ils ont prêté à de lourdes équivoques. Le pauvre, le subalterne, l'opprimé et tout faible ont été priés d'accepter les misères imposées par le fort comme des instruments d'amour et de salut. Pas d'amour sans réciprocité. Sinon la charité fait le jeu du brutal qui, face à tant de consentement, se voit même dispensé de faire effort pour sa suprématie. Cet amour inconsidéré se fait dévorer par ses conséquences (ou inconséquences) : peut-il, en effet, sans se détruire lui-même, aimer les propres négations de l'amour ?

« Tu aimeras ton prochain comme toi-même » s'adresse à toi, mais vaut aussi pour le prochain. En en faisant un commandement, Dieu en a fait une parole pour tous et l'a retiré aux irrégularités des désirs individuels. Le principe se corrompt s'il n'a qu'un adepte. Il parle donc au peuple.

La famille, qui est aussi un peuple, a besoin de cette règle. Il y faut des sentiments réciproques , des égards mutuels, une réponse aux diverses attentes, qui assureront, au sein de l'amour, l'équité. Nul n'est dispensé des devoirs ; sinon, ce n'est plus une famille, c'est une horde. Ainsi je m'explique dans le soir qui monte.

Alors, timidement, un homme se lève et, avec la plus tranquille des voix, expose que, chez lui, la réciprocité est abolie. Je ne sais quelle fatalité prive sa compagne de la faculté de « répondre ». Lui ne cesse pas de donner, sans attendre de recevoir. Son espérance est montée plus haut. C'est simple : l'amour demeure, et la prière le soutient.

J'aurais dû y penser. Si la réciprocité défaille, est-ce raison pour sortir du jeu ? Quelqu'un m'aurait-il posé pareille question, j'aurais sans doute répondu non, et qu'il fallait tenter de continuer comme si l'équité était respectée. Mais il y a des paroles qui sans doute préfèrent être dites par leurs véritables ouvriers. Seul le héros qui offre sa vie sans compensation, seul le saint peuvent parler ainsi ; ils sont eux-mêmes la chair et les os de leurs paroles. Et avec eux peut aussi parler ce sublime tricheur qu'est l'écrivain, parce que ses mots se lèvent en beauté, comme des êtres vivants : autre et non moindre incarnation de la parole.

Dans les évangiles, la loi et la grâce ne sont pas prononcées par la même voix. Les pharisiens disent la loi, et la grâce est dans la conversation de Jésus. Les premiers rallient les foules par cette discipline qui est raison, justice et obligation. Jésus séduit et effraie, parce que l'invisible, les visages humains et la conscience, dont il est le familier, introduisent à des choix d'une trop difficile liberté, c'est-à-dire à l'infini des offrandes.

L'homme qui s'est levé continue à parler, serein toujours, de ce désintéressement surnaturel et naturel : « Je donne sans recevoir. » Mais déjà je surprends l'ordre secret qui règle cette vie admirable : sa récompense, il la tient lui aussi. La vie l'a délivré des apparences. Sous un ciel nu, il essuie au visage le souffle de l'ultime réalité : la constance de Dieu et la fidélité de l'amour.

Il parle d'une voix douce, qui est aux antipodes de la loi qu'on récite. La grâce, en effet, se suggère dans l'ombre, dans le chuchotement d'une confidence.

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