Castelluna

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dimanche 7 février 2010

J'ai vu le Dieu vivant, et j'en vis !

Toute la Bible, l'Ancien comme le Nouveau Testament, est l'histoire d'hommes et de femmes qui témoignent de ce qu'ils ont vu et entendu, mais aussi de leur propre expérience spirituelle. Cette vocation de témoin fut celle de tout le peuple d'Israël, appelé à témoigner à la face des Nations de ce que Yahwé est le seul Dieu. Au sein du peuple d'Israël, ce fut la vocation de Moïse, de David et spécialement des grands prophètes appelés à témoigner de leur expérience du Dieu vivant, dans leur propre vie et dans celle du peuple.

Confronté avec une telle mission, chacun réagit d'une façon différente, selon son caractère. Isaïe, comme nous l'entendons ce dimanche dans la première lecture, se porte volontaire, au moins après que ses lèvres eurent été purifiées par le charbon ardent : « Envoie-moi », dit-il. Jérémie émet des objections : « Je ne suis qu'un enfant... » Moïse a besoin de signes qui prouveront au peuple que c'est vraiment Yahwé qui l'a envoyé, et il essaye d'éviter cette mission. En définitive, ils obéissent tous et acceptent leur mission ; même Jonas, bien qu'il fasse un long détour dans le ventre de la baleine...

Jésus fut le témoin fidèle, qui témoigna à l'humanité de ce qu'il avait vu et entendu auprès du Père, et qui témoigna de l'amour que le Père a pour Lui et pour nous. Et lorsqu'il donna aux Douze leur mission, il les établit simplement comme témoins de ce qu'ils avaient vu et entendu.

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lundi 1 février 2010

Prier avec le Coran

Galerie flickr de Ikhlasul Amal, Reciting Quran

Le Coran, la « Proclamation » transmise fidèlement par le Prophète Muhammad, constitue le miracle fondateur de l'Islam. Le Livre sacré propose des exhortation à la piété, au pardon et à l'amour du prochain, à travers les histoires exemplaires des prophètes. Il invite à admirer l'oeuvre continuelle de Dieu dans la Création. Enfin, il rappelle la nature intime de l'homme sur laquelle est fondée sa vocation spirituelle, et dévoile ce qui peut être dévoilé des réalités de l'autre monde, depuis le jugement dernier jusqu'au Paradis et à l'enfer. Mais, avant tout, le Coran parle de Dieu, car c'est Dieu qui y parle. Le texte sacré est donc, pour les musulmans, la Parole même de Dieu, non seulement dans ses sens multiples, mais dans le choix même des mots « en langue arabe claire ». Pour cette raison, les traductions ne rendent compte que d'une partie des significations qui y sont cachées et laissent de côté la force originale du message.

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samedi 30 janvier 2010

Un autre Magnificat

Une lectrice de ce blog a eu la bonté de me l'écrire : « Rendre témoignage de sa vie, c'est je crois le plus beau remerciement que l'on puisse adresser à Dieu qui nous l'a donnée. »

Il y a des Magnificat qui passent par le cœur des autres...

vendredi 29 janvier 2010

La Parole poétique

Galerie Flickr de accent on eclectic, Into the Promised Land, Joshua 18, Abandoned Bible, White Oak Bayou, Houston, Texas

Plus que jamais, il faut redonner au christianisme sa dimension poétique, redécouvrir l'Évangile dans ce qu'il possède de large, d'ample, d'ouvert sur l'infini des significations. Au cœur de ce texte, il y a l'intuition mystique d'un homme énigmatique à lui-même, mystère d'un être confronté à l'impossibilité de « dire Dieu » — « Mon Royaume n'est pas de ce monde » — et qui, dans le même geste, ne cesse d'indiquer un chemin — « Le Royaume est à l'intérieur de vous ». Espérance insensée que la finitude des hommes ne saurait rendre compte de l'aventure humaine...

Les multiples tentatives d'annexions, d'actualisation (!) sont vaines et dérisoires, et ceux qui s'arrogent la prétention de parler « au nom de... » tombent très vite dans l'idéologie. La Parole de l'Évangile, comme toute parole prononcée en vérité, est irréductible, insaisissable. L'Évangile ne nous dit pas ce que nous avons à faire, il est mémoire d'un homme qui s'est essayé, au prix de sa vie, à porter au plus haut les questions éternelles de l'existence.

Nul ne peut restituer l'Évangile dans ce qu'il possède d'extraordinairement créateur, et l'écrit ne peut être que trahison. Il faudrait entendre une musique, la mélodie douce et provocante que fredonnent discrètement quelques rebelles. Comme une voix lointaine que la montagne renverrait en écho, invitant à la responsabilité et au courage d'être.

Théologies, philosophies, morales, nous savons que nous ne pouvons vivre sans un système de codes. Mais la modernité, avec son lot de catastrophes, nous a enseigné qu'on ne se moque pas impunément de la Parole. Toute tentative pour la couler dans des moules conceptuels trop étroits se solde par l'horreur d'un univers sans souffle, paré pour n'importe quelle exaction.

Le chrétien est homme de mémoire et en tant que tel, il n'a aucune thèse à édicter. Le temps des débats « foi et politique », « foi et psychanalyse », « foi et... », est révolu. Parce que la problématique ne se pose pas ainsi. Des hommes et des femmes s'efforcent d'assumer au mieux leur condition humaine et c'est sur cette route qu'ils font mémoire de Jésus-Christ, au sens où saint Jean parle de « faire la vérité ». Si projet évangélique il y a, il est d'ordre éthique : tout individu a droit au respect et c'est dans la rencontre d'autrui que parfois je puis déceler des traces d'absolu. Encore faut-il accepter cette relation dans son éternelle nouveauté. L'Évangile n'est pas tant un appel à convertir que la manifestation du désir fou de se laisser bouleverser par l'Autre. On est loin des affirmations péremptoires. L'Évangile travaille en souterrain et sa mémoire n'est jamais si active que sur le visage de celui qui se met à façonner sa propre histoire.

La Parole poétique traverse les murs, joue à cache-cache avec les institutions et leurs essais de rationalité, elle pratique l'humour et l'esquive. Elle se dit à demi-mot, elle affirme en laissant le champ libre. Elle est fondation symbolique qui permet à tout être de tracer son sillon. J'aime à me représenter l'esprit de l'Évangile à l'image du sourire tranquille du vieux moine de la Grande Trappe : ces hommes-là savent à la fois la distance et la proximité, le tendresse et la nécessité de lutter pour que cesse l'injustice, ils ne cherchent pas à « traduire l'Évangile », ils en vivent.

[Photo - CC]

dimanche 24 janvier 2010

C'est aujourd'hui que se réalise la promesse

Dans la synagogue de Nazareth, ce jour-là, les gens sont réunis pour entendre la parole de Dieu, rendre grâce à Yahvé. Ils avaient bien de la chance, les pratiquants d'alors. Ce n'était pas comme dans nos église où le commentaire de la Parole est réservé aux prêtres. Tout adulte à le droit d'être invité à lire le texte des prophètes, puis à s'asseoir pour le commenter.

Jésus entre. On le reconnaît. « On est content de te revoir. Puisque tu nous reviens, n'aurais-tu pas la sagesse de nous ouvrir le cœur à la Parole de Dieu ? »

Pourquoi ne pas en profiter ? Jésus prend le livre, l'ouvre et trouve le passage repris dans l'évangile d'aujourd'hui. « L'Esprit du Seigneur est sur moi... Il m'a envoyé proclamer la Bonne Nouvelle aux pauvres... »

Cette prophétie d'Isaïe nourrissait l'espérance du peuple, car elle annonçait l'arrivée d'un messie, d'un libérateur. « Soyez prêts à l'attendre », disait-on toutes les semaines à la synagogue. La prière terminée, chacun s'en retournait chez soi pour retomber dans le train-train quotidien où Dieu s'oublie tellement vite.

Attendre. Attendre qui, attendre quoi ? Attendre comment, attendre pourquoi ? C'est fatigant d'attendre !

Ce jour-là, Jésus prolonge la lecture qu'il vient de faire par un commentaire qui sort des sentiers battus. « Cette parole de l'Écriture, que vous venez d'entendre, c'est aujourd'hui qu'elle s'accomplit. » Il ne faut plus attendre. Dieu passe à l'acte. Dieu sauve aujourd'hui.

En Jésus, Dieu s'est fait homme. Il le dit : « Je suis l'envoyé de Dieu. Je suis du côté des pauvres, des opprimés. Je viens pour libérer l'homme, pour annoncer une année de bienfaits, de joie, de bonheur. » Et tout l'Évangile nous illustrera cet agir de Jésus, libérant et relevant l'homme.

Une remarque encore. « L'Esprit du Seigneur est sur moi. » L'Esprit, celui qui planait sur la création nous dit la Genèse. L'Esprit qui reposait sur Jésus lors de son baptême. L'Esprit qui reposera plus tard sur les apôtres lors de la Pentecôte. L'Esprit dont vit l'Église.

L'Esprit dont vit l'Église et l'Esprit de Jésus ne font qu'un. Autrement dit, le programme d'action de Jésus doit aussi être celui de l'Église. Libérer l'homme. Le libérer de ses angoisses et de ses aveuglements. Le libérer de ses servitudes et de ses paralysies. Annoncer, réaliser, rendre concrets les bienfaits de Dieu.

Comme Jésus, l'Église, habitée par l'Esprit, accomplit la parole de Dieu. L'Église en Jésus, est appelée à être le signe de Dieu parmi nous. L'Église, en Jésus, est appelée à manifester sa solidarité, non pas avec le pouvoir, mais avec les plus pauvres.

A nous de poursuivre l'oeuvre de Jésus. A nous de prendre le relais. N'attendons pas demain, c'est aujourd'hui que se réalise la promesse.

[Accès aux lectures]

samedi 23 janvier 2010

L'évangile en action

Court-métrage documentaire (24 minutes) produit par l'Ordre des Prêcheurs et réalisé par Éric Salobir et Dominic DeLay sur une idée originale de Prakash Lohale et de Jean Claude Lavigne, « L'Évangile en action » nous rappelle la nécessité du lien entre étude et ministère.

[Vidéo en permalien - Source]

mardi 19 janvier 2010

Là où nous ne l'attendons pas

Galerie Flickr de rogermarcel, Chemin en sous-bois

Ce matin, à l'office des laudes, ma prière pour les prêtres et tous les chrétiens qui travaillent avec eux a été guidée par cette réflexion : « On est passé d'une Église qui entendait “donner Dieu” à une Église qui tente de le rejoindre là où il nous a précédés. »

Oui, Dieu nous précède souvent sur le chemin, là justement où nous ne comptions pas faire sa rencontre. C'est sur ces routes-là qu'il est souvent venu au-devant de moi, pour me surprendre.

[Photo - CC]

dimanche 17 janvier 2010

Six cents litres de grâce

Quelle idée quand même ! N'avoir pas prévu suffisamment de vin à son mariage, mais avoir prévu plus de six cents litres d'eau pour les ablutions rituelles ! Scrupuleux jusqu'à la crainte pour se mettre en règle avec une loi, jusqu'à en oublier la fête et le bonheur de vivre !

Voilà bien le drame d'une religion. Cette religion était partie d'une libération, basée sur le souvenir d'une terre promise, recherchée par un peuple qui voulait vivre debout et non plus opprimé sous l'esclavage d'Égypte. Voilà cette religion maintenant devenue si formaliste, si tatillonne qu'elle emprisonne dans un autre esclavage ce peuple qu'elle avait autrefois libéré. Il n'y avait plus de vin, mais il y avait encore six cents litres d'eau pour les ablutions rituelles !

Rappelez-vous, dans saint Luc, Marie, symbolisant la Nouvelle Alliance, allait à la rencontre d'Élisabeth, à la rencontre d'un peuple formaliste. aujourd'hui, dans saint Jean, c'est encore Marie qui vient à la rencontre de ce peuple et amène avec elle l'espoir du changement, Jésus et ses disciples. « Faites tout ce qu'il vous dira. » Elle n'en dira pas plus.

Ne vous méprenez pas sur ce récit qui ne manque pas d'humour. Jean son auteur est un évangéliste théologien. Il débute son évangile par le récit d'un mariage. C'est un signe, le signe d'une alliance. Celle d'autrefois a été nouée au pied du Sinaï lorsque le peuple reçut de Moïse la Loi et toutes les recommandations qui ont suivi. Le mariage de Cana est le premier signe de Jésus pour annoncer la Nouvelle Alliance et le passage d'une religion d'observances légalistes à une religion où tout est surabondance de grâce et de vie.

Rendez-vous compte : six cents litres d'eau, six cents litres de scrupules, six cents litres d'observances méticuleuses, changés en six cents litres de vin, six cents litres de grâce, six cents litres de surabondance et de résurrection, apportés en Jésus Christ !

Cana n'était que le premier signe du changement apporté par Jésus. Il y en aura d'autres dans l'Évangile. Il y aura le signe de la multiplication des pains, celui de la guérison de l'aveugle, celui de la résurrection de Lazare. autant de signes pour inviter les disciples à croire qu'avec Jésus tout est changé. Ce que la Loi n'avait pu apporter, Jésus le donne : la vie, la joie, la lumière, la résurrection.

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vendredi 15 janvier 2010

Tout est grâce

Godfried Cardinal DANNEELS, Archevêque de Malines-Bruxelles

Nous publions ci-dessous l'homélie prononcée par le cardinal Godfried Danneels, archevêque de Malines-Bruxelles et Primat de Belgique, à l'occasion de son départ à la retraite. Agé de 76 ans, il occupait cette charge depuis 1979. Cette homélie a été prononcée en la collégiale Sainte-Gertrude de Nivelles, le vendredi 8 janvier au soir.

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mardi 12 janvier 2010

Notre-Dame de Banneux, la Vierge des pauvres

« Je suis la vierge des pauvres ». C’est ainsi que Marie se présente à Mariette Béco, une jeune fille de 11 ans, lors de la troisième des huit apparitions qui eurent lieu entre le 15 janvier et le 2 mars 1933.

[Vidéo en permalien]

dimanche 10 janvier 2010

Baptême du Seigneur

Pour parler de l'Incarnation, Noël nous présente « Dieu parmi nous » sous les traits d'un petit enfant que seule pouvait reconnaître la foi simple, émerveillée de gens pauvres comme les bergers de Bethléem.

L'Épiphanie nous présente ce même enfant, reconnu par les savants de tous les horizons et par ceux qui, aujourd'hui encore, cherchent un sens aux événements du monde, à la souffrance des hommes.

Aujourd'hui voici Jésus, le Fils de Dieu fait homme, présenté, manifesté aux disciples de Jean et aux foules bien conscientes que le mal est dans l'homme, en eux-mêmes. Aussi accouraient-ils demander le baptême de conversion et de rémission de leurs fautes.

Certaines présentations picturales du baptême de Jésus nous représentent celui-ci faisant trempette, la robe retroussée jusqu'aux genoux et Jean-Baptiste mouillant gentiment ses cheveux longs.

Or le baptême de Jésus a davantage ressemblé aux immersions des hindous dans les eaux sales du Gange. N'oublions pas que, dans la Bible, l'eau est le symbole du mal, des puissances diaboliques.

Jésus plonge dans les eaux boueuses du Jourdain. Il se rend ainsi solidaire de la boue du monde et du péché des hommes. Jésus plonge dans les eaux du mal pour en ressortir et entraîner à sa suite ceux qui accepteront de se lier à lui, de se rendre solidaires et d'entrer dans l'Esprit de l'Évangile.

Moi, dit Jean-Baptiste, je vous baptise dans l'eau. Je ne peux que vous appeler à la conversion, vous rappeler votre solidarité originelle au mal.

Mais il vient, celui qui vous baptisera dans l'Esprit Saint et dans le feu, le feu qui purifie, le feu qui est vie, chaleur et lumière.

C'est le baptême de l'Esprit où Jésus fait surgir un feu, c'est-à-dire un peuple de flammes qui réchauffent et rassemblent des communautés nouvelles pour répandre le feu de l'amour, du don de soi et du pardon, un feu de lumière et d'espérance.

Le peuple des baptisés est un peuple de flammes dans un monde obscur et froid. Et si Jésus commence son ministère par recevoir le baptême, il l'achèvera en confiant à ses apôtres le soin de proclamer l'Évangile et de baptiser à leur tour pour que chaque homme s'entende dire qu'il est Enfant de Dieu et s'en trouve investi d'une puissance d'amour rayonnant.

« Aujourd'hui tu es mon fils bien aimé en qui j'ai mis toute ma confiance. »

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jeudi 7 janvier 2010

L'heure du changement

L'heure du changement d'ange

Quand l'ange de la nuit s'en va et que l'ange du jour n'est pas encore venu, à l'heure du changement d'ange, l'homme connaît une grande angoisse. Ces quelques mots du Talmud m'ont instruit sur l'heure du changement d'ange. Avant moi, d'autres hommes avaient connu cet instant. Je ramassais alors les brisures de mon espérance, parce que ma vie ne suivait pas le cours prévu. J'avais trente cinq ans. La grande souffrance est imprévisible, nous n'y sommes jamais préparés : elle vient du côté de l'amour et non des sources du mal. Nous guettons l'ennemi qui pourrait venir du désert, le veilleur de la nuit s'est retiré et, seuls sur le rempart tandis que nous nous gardons du mal venu d'ailleurs, la souffrance nous attaque de l'intérieur, elle vient de notre dernier refuge : nous sommes acculés à nous-mêmes et il n'y a pas de repli. Nous demeurons seuls, nous ne savions pas que c'était cela notre vie : rien que seuls.

Cela m'arrivait à moi qui m'était juré de ne jamais devenir un chien errant. J'avais auparavant médité sur le nomade et le désert. Au temps de la sérénité, dans nos paroles dépouillées, nous gardons, même si nous paraissons renoncer à tout,  la noblesse de l'attitude et du paysage. L'errance du nomade est assez vaste pour nous laisser croire que nous avons quitté les demeures confortables, le chien errant, lui, ne garde rien ni du nomade ni de l'errance. C'est un chien sur le bitume, un chien mouillé, il pleut à ces moments là. Ces images disent l'angoisse où se pressent toutes les questions insolubles de l'existence et celle qui traverse toutes les autres : est-ce que je vais m'en sortir ?

L'enseignement sur la foi et sur la prière nous prépare mal à cet extraordinaire passage où l'angoisse a pris le relais de l'espérance. Les chrétiens franchissent allègrement la vallée du Cédron  et, de la nuit de Gethsémani se retrouvent, comme si de rien n'était, au petit déjeuner  du matin de Pâques, avec chocolat et brioche, servi sur le tombeau vide. Pour ma part, je suis devenu l'homme du samedi saint, c'est mon jour, je le célèbre toute l'année. La mort est la mort et la vie n'est pas la Résurrection. On découvre, après la mort d'un homme, qu'on ne le connaissait pas vraiment : trop de questions n'ont pas été formulées. Jésus est l'inconnu de l'Évangile et le mystère de Dieu reste inexploré.

La foi qui ne se raconte pas d'histoires est un entre deux et, si l'on veux garder l'image, on pourrais dire entre-deux anges : l'ange du réconfort de l'agonie, certitude de devoir mourir, et l'ange de la proclamation de la Résurrection, la plus belle des incertitudes. Ne pas manquer l'heure du changement d'ange, elle est pour moi inoubliable ; elle est vraie je ne puis douter que c'est ainsi : de ce moment d'évidence, le grand mystère de Dieu développe son infini. Il m'est donné d'en percevoir l'espace, puisque je m'en tiens à distance.

Je me demande si l'Écriture, que nous disons être la Parole de vérité, n'a pas reçu son nom, non de la vérité, mais de l'heure vraie où elle s'est inscrite ? La vérité ne peut être dite, à chacun de raconter, comme une aventure singulière, son combat, non pour la vaincre, mais pour l'accueillir. L'ange du combat de la nuit quitte Jacob au matin, il le laisse blessé. Jacob n'a pu atteindre la vérité, mais il est devenu fort de la lutte même où Dieu s'est révélé inaccessible. Elles nous aveugles les certitudes de midi, quand l'ombre elle-même se fait trop précise. L'heure vraie demeure obscure. Redouter surtout trop de lumière.

Quand à l'ange du jour, la merveilleuse surprise c'est qu'il existe. Il se monte dans l'intérêt renouvelé d'être vivant aujourd'hui, blessé, instruit, rajeuni. A ceux qui aiment, je ne dirai pas son nom, car ils le connaissent ; à ceux qui sont dans la tristesse de ne pas aimer, je le tairai aussi, il est prématuré pour eux de l'entendre. Son nom est unique dans la vie de chacun. Cet ange n'est pas comparable. L'Évangile le nomme, mais ne dispense pas de l'attendre pour le découvrir peut-être. Il est subversif et joyeux comme la liberté, terrible comme l'avenir. On ne peut anticiper sa venue. Certains, qui se sont donné la mort, l'ont attendue en vain. Comme tout cela est grave ! Dans nos vies, les anges vont et viennent. Demeure l'imprévisible.

mercredi 6 janvier 2010

Aux origines de l'Épiphanie

L'Épiphanie, fêtée le 6 janvier ou le 1er dimanche de janvier, est un jalon de l'année liturgique qui nous parle encore aujourd'hui. Mais comment est née cette fête ? Les explications du Père Charles Delhez s.j., Rédacteur en chef du journal Dimanche. [Source]

dimanche 3 janvier 2010

Épiphanie

Nous ne sommes pas des Orientaux, ni des croyants pétris de culture biblique. C'est pourquoi le récit de Matthieu peut facilement nous apparaître comme une histoire étrange, un conte de fées ou encore un événement miraculeux qui désarçonne la raison. D'instinct, nous voudrions connaître plus de détail, accumuler les preuves.

Bradi Barth, l'adoration des mages.

Combien étaient-ils ? D'où venaient -ils ? Qui étaient-ils ? Quelle était cette mystérieuse étoile ? Vaines question et question sans réponse car le récit est chargé de très nombreux symboles.

L'Épiphanie n'est pas un conte charmant ni un émouvant spectacle. Elle est à nouveau, mais racontée autrement, la révélation du mystère de l'Incarnation. Épiphanie, l'autre nom de Noël.

Par son récit de la visite des mages, Matthieu veut encore une fois montrer que Jésus est lumière pour tous les hommes.

Oui, lumière pour tous les hommes. Pas seulement pour Israël symbolisé à Noël par les bergers mais lumière pour toutes les nations symbolisées par ces mages étrangers. Des mages non-juifs qui nous ressemblent. Des mages païens mais quels païens ! Ce sont des chercheurs de vérité, des passionnés d'absolu qui s'arrachent à la sécurité de leur savoir, à leurs certitudes déjà acquises, à leurs traditions.

Ils prennent la route de l'inconnu, ils prennent le risque de la surprise. Et quelle surprise ! L'événement du Dieu tout-puissant, ils le contemplent dans un enfant nouveau-né.

A Jérusalem au contraire, c'est le ronronnement de la satisfaction. Ici on sait, on attend. Théologiens et autorités attendent que leurs plans soigneusement édifiés se réalisent. Ils sont persuadés que le Messie prendra le chemin qu'eux-mêmes ont tracé. Pas la moindre place pour l'inattendu. Tout est prévu sauf la surprenante question de ces inconnus, de ces étrangers d'une autre race, d'une autre religion. On n'a quand même pas de leçon à recevoir de ces incroyants !

Ainsi, sous les couleurs chatoyantes et les rebondissements du récit, perce la foi de Matthieu et ds premières communautés chrétiennes confrontées avec le mystère de ce Dieu étonnant, manifesté dans l'enfant de Bethléem.

La Bonne Nouvelle ne sera pas le monopole d'un peuple. Le Sauveur n'est pas réservé aux Juifs. Dieu ne peut être emprisonné derrière les barreaux d'une culture, d'une civilisation, d'une Église. Nul n'est propriétaire de Jésus.

Trouveront Dieu ceux qui se font pèlerins, qui se fient à une étoile. Même lorsqu'elle nous invite à reprendre un autre chemin, alors que nous croyons avoir touché au but.

Nos étoiles, ce sont certaines rencontres, certains événements qui orientent notre vie différemment et nous font percevoir un autre visage de Dieu. Dieu peut être faible comme un enfant, pauvre comme les habitants d'une crèche. Dieu peut être caché, insignifiant, comme Jésus à Bethléem. Il peut être souffrant, comme Jésus à Jérusalem.

Nous sommes ces pèlerins en quête de Dieu, de contemplation, de plus grand amour. Nous sommes ces pèlerins quand nous acceptons les changements de la vie, de l'Église, de nos familles, de la société, comme autant d'invitations à découvrir l'appel de Dieu dans ce qui évolue et nous surprend.

Nous sommes parfois ces scribes qui connaissent tout et ne prennent aucun risque pour une vie enfin plus proche de l'Évangile.

Nous sommes aussi cette maison de Bethléem, présence d'un Dieu incarné, qui n'a plus que nos mains, notre bouche, notre paroisse, pour se révéler à ceux qui Le cherchent.

Nous sommes de tous ceux-là, invités à prendre un autre chemin, le chemin de l'Évangile, le chemin de Jésus qui conduit à la Résurrection.

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dimanche 27 décembre 2009

Sainte Famille

N'est-ce pas curieux que pour le dimanche de la Sainte Famille soit proposé ce passage d'Évangile où justement la famille est éclatée ?  Si l'on s'en tient à cela, le texte est incompréhensible et il n'a rien a nous dire.

Il faut s'y prendre autrement et rapprocher l'événement que raconte Luc de la lumière de Pâques. Cette démarche est d'autant plus légitime que l'épisode se déroule pendant la fête de Pâques, à la majorité religieuse de Jésus.

Nous sommes à Jérusalem comme au moment de la mort du Christ. Jésus est introuvable pendant trois jours. Pour ses parents il est comme mort — ainsi en sera-t-il pour la même durée entre le Vendredi saint et le matin de Pâques.

Quand Marie et Joseph le retrouvent, ils ne le reconnaissent pas et ne comprennent pas ce qu'il dit. De même les disciples auront beaucoup de peine à reconnaître les ressuscité.

Enfin, la phrase : « c'est chez mon Père que je dois être » révèle la place privilégiée du Fils vainqueur de la mort.

Ce texte est bien une préfiguration pascale. Et même un certain nombre de faits évoquent les disciples d'Emmaüs. Marie et Joseph cherchant Jésus sur la route font penser  à ces deux disciples  en quête du Christ. Comme à eux, Jésus se révèle à travers des questions et des réponses sur les Écritures. Et Marie médite cet événement que ne deviendra lumineux qu'après la Résurrection.

Mais en quoi ce récit peut-il aider à mieux comprendre la « Sainte Famille » ?

Nous avons peut-être une notion édulcorée, idyllique de cette famille exceptionnelle où les jours s'écoulent dans un sourire éternel. Le texte de ce dimanche vient rappeler que la mission du Christ est de nous donner la vie à travers sa mort et sa résurrection, et non de nous fournir un modèle de la famille humaine type.

D'ailleurs, quelle est la vraie famille du Christ ? « Ceux qui écoutent la parole de Dieu et la mettent en pratique » répondra-t-il plus tard à propos de sa mère. Le texte de Luc souligne bien la rupture fondamentale entre les deux attitudes. Marie et Joseph cherchent leur enfant, à la manière des disciples d'Emmaüs qui n'ont pas trouvé leur Messie, leur Roi. L'enfant qu'ils trouvent n'est pas le leur : c'est le Fils du Père, comme les disciples rencontreront le Ressuscité.

Il n'est pas davantage question pour nous de nous approprier le Christ. Par contre, nous sommes la famille du Fils de Dieu dans la mesure où nous reconnaissons le même Père et où, dans la force du même Esprit, nous pouvons dire :

Notre Père, par la mort
et la résurrection de ton Fils,
tu as fait de nous tes enfants !
Que ton Esprit nous donne
de vivre l'amour éternel.

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samedi 26 décembre 2009

Lumière d'espérance : soutenez les prêtres en détresse !

Opération Lumière d’Espérance : 4000 cierges pendant 40 jours pour les prêtres !

Communiqué

Opération Lumière d’Espérance : 4000 cierges pendant 40 jours pour les prêtres !

« A l’occasion de l’année sacerdotale et pendant 40 jours, de la Nativité jusqu’à la fête de la Présentation (2 février), l’Aide à l’Eglise en Détresse (AED) vous propose d’allumer symboliquement un cierge pour soutenir les prêtres.

Allumer un cierge, c’est faire un don pour aider les prêtres, particulièrement là où ils sont persécutés ou menacés, partout où l’Eglise souffre. Vous pouvez déposer une prière à leur intention.

“Ainsi, l’AED répond à sa mission de soutien matériel et spirituel des prêtres”, explique Marc Fromager, directeur de l’AED.

L’ensemble des intentions de prières déposées seront recueillies et envoyées à tous les évêques de France. Ils attendent votre prière et votre générosité. Merci pour eux ! »

L’Aide à l’Église en détresse est une association internationale qui soutient les chrétiens partout où ils sont persécutés, refugiés ou menacés. L’AED est présente dans 145 pays.

vendredi 25 décembre 2009

Dieu en quête d'un sourire

Un couple de petites gens ! Une étable, une mangeoire. Un enfant dans la paille. Loin de l'empereur Auguste qui compte ses sujets ! Loin du roi Hérode qui protège son trône ! Loin de Ponce Pilate qui s'en lave les mains ! Loin du Temple ! Loin des officiels de la religion, des prêtres, des scribes, de tous ceux qui, jaloux de leur pouvoir, de leur autorité, se croient propriétaires de Dieu. Loin du jeune homme riche qui tient tant à son argent.

« Il est venu chez les siens, et les siens ne l'ont pas reçu. » Cela ne doit pas nous étonner ! Avec Isaïe, ils attendaient un prince puissant, un Dieu Sauveur qui ferait justice à leurs ennemis. « A main forte et à bras étendus » disait le prophète.

Mais voilà, ce n'est qu'un enfant ! Oui, « un enfant nous est né », et il n'y aura pas d'autre signe donné aux bergers. « un nouveau né emmailloté et couché dans une mangeoire. ». Quelle surprise ! Dieu tombé en enfance ! A la merci des hommes, inoffensif, désarmé, sans défense. Dieu qui a besoin de l'homme pour survivre. Un Dieu sans agressivité, sans résistance, capable seulement de crier ses désirs et ses besoins, éperdument, à tue-tête, des désirs que seuls l'homme peut combler.

Dieu devenu vulnérable à l'amour de l'homme ! Dieu en quête d'un sourire rassurant, d'une caresse apaisante, d'un baiser pour dormir La divine surprise à Noël, c'est qu'un enfant nous est né, et rien de plus.

Tout le salut est là, aussi simple que cet enfant, aussi simple que la voie d'enfance qu'il va désormais tracer et parcourir au milieu des hommes. Elle ira loin cette voie. Jusqu'à sa mort qui sera son dernier sommeil entre les bras de la croix. Et là aussi, cette même femme, sa mère, penchée sur un étrange berceau et sur sa propre douleur sans mesure. Et toujours aussi de sa part, le même cri, le même abandon, le même amour. Celui d'un enfant pour son père : « Père, entre tes mains je remets mon esprit ». Comme il se blottit en cette nuit contre le sein de sa mère.

Cette nuit là, des bergers sont venus s'agenouiller, le reconnaître « Sauveur » pour la joie de tous les peuples. Comme plus tard au pied de la croix, un centurion reconnu : « Vraiment cet homme était Fils de Dieu. »

Depuis lors, les chrétiens n'ont de Dieu que l'image d'un enfant s'endormant dans les bras de sa mère, ou celle d'un supplicié délivrant son dernier souffle pour s'en remettre entre les mains du Père. Depuis lors, en tout homme qui souffre, pleure ou lutte, en tout homme que l'on méprise ou insulte ou emprisonne, le chrétien reconnaît le visage de son Dieu.

Et comme le berger de la crèche, le bon Samaritain de Jéricho ou le centurion du Golgotha, le chrétien tombe à genoux et présente ses trésors de tendresse, d'attention et de soin, sa compassion d'homme, sa foi en l'autre si démuni qu'il soit, sa reconnaissance pour ce Dieu qui vient à lui, se donne à lui malgré les apparences et sans cesse vient habiter parmi nous.

C'est cela Noël !

[Accès aux lectures]

jeudi 24 décembre 2009

Et le Verbe s'est fait chair !

« Gloria in excelsis Deo, et in terra pax hominibus bonae voluntatis ! »

He Qi, Nativity - http://www.heqigallery.com/

Voici que Noël revient, comme une étoile dans la nuit, comme une présence dans nos solitudes, comme une voix enfantine qui nous dit à l’oreille : « Je suis là ! »

Que l’Enfant né dans l’étable apporte de la lumière dans vos cœurs, de l’espérance dans vos vies, de la paix dans vos pays et vos maisons. Sa visite renouvelée nous redit que la faiblesse est notre force et que rien n’est impossible à Dieu.

Belle, joyeuse et sainte fête de Noël à toutes et à tous !

mardi 22 décembre 2009

Monseigneur Léonard raconte la nativité... sur le web

« Histoire d'un enfant venu sauver le monde », c'est le titre sous lequel l'évêque de Namur, Mgr André-Mutien Léonard a enregistré et publié sur le site de son diocèse, un clip vidéo où il « raconte Noël aux enfants ».

[Vidéo en permalien]

dimanche 20 décembre 2009

Retrouver la transparence

Qui n'a jamais eu faim de transparence ? Nul n'a manqué d'éprouver, un jour ou l'autre de sa vie, l'opacité des rapports humains, l'espèce de peau de buffle qui sépare les cœurs, de vitre sablée qui s'interpose entre les regards.

Galerie de Emmanuele Contini, Bastava appena allungare una mano

On s'en prend à l'hypocrisie, prompte à dissimuler les pensées, au mensonge, enclin à travestir les intentions. On songe à tout ce qui brouille les pistes et jette le trouble.

Mais au-delà ou en deçà de cette malignité, il y a quelque chose de plus mystérieux qui n'est pas ou qui est à peine du ressort de la responsabilité personnelle : une incommunicabilité grandissante et presque involontaire. Il ne s'agit pas du mal et de ses ténèbres qui offusquent la lumière, mais d'une inertie de l'âme, d'un affaissement par où la vie se retire dans les profondeurs et ne laisse en surface qu'une croûte durcie.

Soumise à d'incessants traumatismes, épuisée par les travaux quotidiens, piétinée par les soucis et les malheurs, la zone de contact avec les autres sert de moins en moins au passage et de plus en plus à la protection.

Il se produit aussi comme une stagnation. La circulation s'alourdit. L'échange a de la difficulté à se maintenir. Des voies de garage s'offrent, paresseuses, où se multiplient les conversations oiseuses et les rencontres sans fruits.

L'enfant ne connaît pas cette stérilité. Il ne se dérobe pas à la quête. Présente dès qu'on l'appelle, toute son âme affleure dans le regard. Il n'a rien à dissimuler et ne conçoit pas que rien lui échappe. Il n'est pas indiscret, mais confiant.

Ce n'est pas simple élan et droiture instinctive d'un être jeune et qui ne s'embarrasse pas de détours. Cette limpidité est liée à une quiétude informulée : la certitude d'être aimé.

Lorsque l'expérience enseigne le doute et que la déception s'introduit, la franchise se flétrit. La communication des cœurs se ralentit. Il s'opère une retombée, une lassitude, avec pour terme la fermeture.

Seul l'amour fait voler en éclats cette clôture et rétablit l'accueil. La lumière rentre à flots chez le saint. Il est toute clarté. On lit en lui comme dans une source.

Il se sait aimé par une tendresse impérissable. Le soleil de la foi balaie les nuages. La lessive de l'ascèse nettoie les laideurs. L'exercice de la louange ramène la transparence.

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