Nous ne sommes pas des Orientaux, ni des croyants pétris de culture biblique. C'est pourquoi le récit de Matthieu peut facilement nous apparaître comme une histoire étrange, un conte de fées ou encore un événement miraculeux qui désarçonne la raison. D'instinct, nous voudrions connaître plus de détail, accumuler les preuves.

Combien étaient-ils ? D'où venaient -ils ? Qui étaient-ils ? Quelle était cette mystérieuse étoile ? Vaines question et question sans réponse car le récit est chargé de très nombreux symboles.
L'Épiphanie n'est pas un conte charmant ni un émouvant spectacle. Elle est à nouveau, mais racontée autrement, la révélation du mystère de l'Incarnation. Épiphanie, l'autre nom de Noël.
Par son récit de la visite des mages, Matthieu veut encore une fois montrer que Jésus est lumière pour tous les hommes.
Oui, lumière pour tous les hommes. Pas seulement pour Israël symbolisé à Noël par les bergers mais lumière pour toutes les nations symbolisées par ces mages étrangers. Des mages non-juifs qui nous ressemblent. Des mages païens mais quels païens ! Ce sont des chercheurs de vérité, des passionnés d'absolu qui s'arrachent à la sécurité de leur savoir, à leurs certitudes déjà acquises, à leurs traditions.
Ils prennent la route de l'inconnu, ils prennent le risque de la surprise. Et quelle surprise ! L'événement du Dieu tout-puissant, ils le contemplent dans un enfant nouveau-né.
A Jérusalem au contraire, c'est le ronronnement de la satisfaction. Ici on sait, on attend. Théologiens et autorités attendent que leurs plans soigneusement édifiés se réalisent. Ils sont persuadés que le Messie prendra le chemin qu'eux-mêmes ont tracé. Pas la moindre place pour l'inattendu. Tout est prévu sauf la surprenante question de ces inconnus, de ces étrangers d'une autre race, d'une autre religion. On n'a quand même pas de leçon à recevoir de ces incroyants !
Ainsi, sous les couleurs chatoyantes et les rebondissements du récit, perce la foi de Matthieu et ds premières communautés chrétiennes confrontées avec le mystère de ce Dieu étonnant, manifesté dans l'enfant de Bethléem.
La Bonne Nouvelle ne sera pas le monopole d'un peuple. Le Sauveur n'est pas réservé aux Juifs. Dieu ne peut être emprisonné derrière les barreaux d'une culture, d'une civilisation, d'une Église. Nul n'est propriétaire de Jésus.
Trouveront Dieu ceux qui se font pèlerins, qui se fient à une étoile. Même lorsqu'elle nous invite à reprendre un autre chemin, alors que nous croyons avoir touché au but.
Nos étoiles, ce sont certaines rencontres, certains événements qui orientent notre vie différemment et nous font percevoir un autre visage de Dieu. Dieu peut être faible comme un enfant, pauvre comme les habitants d'une crèche. Dieu peut être caché, insignifiant, comme Jésus à Bethléem. Il peut être souffrant, comme Jésus à Jérusalem.
Nous sommes ces pèlerins en quête de Dieu, de contemplation, de plus grand amour. Nous sommes ces pèlerins quand nous acceptons les changements de la vie, de l'Église, de nos familles, de la société, comme autant d'invitations à découvrir l'appel de Dieu dans ce qui évolue et nous surprend.
Nous sommes parfois ces scribes qui connaissent tout et ne prennent aucun risque pour une vie enfin plus proche de l'Évangile.
Nous sommes aussi cette maison de Bethléem, présence d'un Dieu incarné, qui n'a plus que nos mains, notre bouche, notre paroisse, pour se révéler à ceux qui Le cherchent.
Nous sommes de tous ceux-là, invités à prendre un autre chemin, le chemin de l'Évangile, le chemin de Jésus qui conduit à la Résurrection.
[Accès aux lectures]
Derniers commentaires